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mercredi 29 avril 2026
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Le Parlement risque de faire un carton!

Au milieu de la Grand’Chambre, devant un parterre de journalistes, l’historien de l’art Guillaume Kazerouni savoure le moment. Derrière lui, six cartons (grands tableaux) ont repris place sur les murs. Ils redonnent au lieu son apparat, son souffle, son éclat. Ces œuvres dites « préparatoires » avaient servi de modèles aux onze tapisseries, fragilisées, souillées par l’eau et la suie, lors du terrible incendie du Parlement du 4 février 1994.

Beaucoup espéraient toutefois le retour de ces tentures. Mais le sort s’est acharné, désespérément. En 1997, l’atelier de restauration a pris feu à son tour. Cette fois, tout était définitivement perdu. Le Parlement de Bretagne était privé de son décor, amputé d’un pan entier de son identité artistique et historique. Mais un espoir subsistait. À Rennes, les cartons originaux — ces toiles à l’échelle qui sont servi de calques aux lissiers — n’avaient pas suivi les tapisseries en restauration. « Personne ne savait trop où elles étaient », se souvient Guillaume Kazerouni, responsable des collections anciennes au Musée des Beaux-Arts de Rennes. « On ne savait même pas combien il en restait exactement. »

Réalisées par Édouard Toudouze et Auguste François Gorguet, ces toiles monumentales ornaient jadis les escaliers de la préfecture. Un jour, elles furent décrochées à la va-vite, pliées, roulées, stockées comme du linge, puis menées dans les caves du Musée des Beaux-Arts. Puis, un autre jour, Guillaume Kazerouni s’est retrouvé face à ces œuvres reléguées, endormies. « J’étais tout seul devant. Je ne voulais pas simplement les conserver, je souhaitais qu’elles reprennent vie, les montrer à tous. »

C’est en 2015 que le programme de restauration prit véritablement forme. « On a commencé à fouiller, à reconstituer une histoire fragmentée », explique-t-il. Rapidement, le musée, en lien avec la cour d’appel, a imaginé plus grand. Le projet devint monumental. Il ne s’agissait plus de montrer quelques pièces dans une salle, mais de restituer, dans la Grand’Chambre, les copies des tapisseries qui ornaient autrefois les murs.

Mais restaurer des œuvres de cinq mètres de haut, mal conservées, sans cadre ni châssis, relevait de l’exploit. Il fallait de l’expertise, du temps… et beaucoup d’argent. Chaque carton a nécessité près de 20 000 euros. « On n’avait pas grand-chose au départ. Mais on avait une histoire. Et c’est elle qui nous a portés. » Peu à peu, les mécènes ont répondu présents. « On est souvent associés aux vieilles pierres, mais là, on a prouvé que la Fondation du Patrimoine, c’est aussi les créations, les mémoires , le vivant», souligne Jean-François Piffard, délégué régional. « Ces cartons, c’est la démonstration que nous sommes aussi là pour le patrimoine mobile etfragile. » Une soirée de gala fut même organisée en avril 2024, dans les salons du Parlement, parrainée par le styliste et brodeur Pascal Jaouen.

Aux côtés de la Fondation, de nombreuses entreprises locales, des particuliers, des retraités, des anonymes s’engagèrent dans ce sauvetage. Le Club de mécènes de Bretagne, la Fédération du bâtiment, les fondations Belle Main et Langlois, Bouchard Construction, un couple de passionnés… se sont tous sentis concernés. « Ce sont souvent des gens du territoire, pas nécessairement fortunés, mais profondément attachés à l’idée de transmettre quelque chose », rappelait Guillaume Kazerouni.

 Cela reste un événement patrimonial considérable pour le Parlement, pour la ville de Rennes », affirme Jean-Baptiste Parlos, président de la cour d’appel.

Une première série de cartons, dont Le Mariage d’Anne de Bretagne ou La Mort du connétable Du Guesclin, fut restaurée et accrochée dès 2017. Cette année, quatre nouveaux cartons ont retrouvé à leur tour les murs de la Grand’Chambre. Désormais visibles, ces tableaux racontent l’histoire de la Bretagne, du Parlement, d’une ville. On y voit Jeanne d’Arc rencontrer le connétable de Richemont, Nominoë se faire couronner, trente chevaliers bretons se battre en duel. Mais aussi on y observe Abélard prêcher dans la tourmente. Il côtoie plafonds à caissons, lustres et tentures. « Ce projet a mobilisé de jeunes chercheurs, des restaurateurs, des partenaires. Il a fallu retrouver les emplacements exacts, s’adapter aux contraintes architecturales sans endommager les boiseries. »

«C’est un joli pied de nez à la fatalité », confie encore Jean-Baptiste Parlos.

Ce retour, attendu, symbolique et spectaculaire, est à découvrir dès ce week-end dans le cadre des Journées européennes du patrimoine. « C’est un moment historique, très fort sur le plan pédagogique et émotionnel », renchérit Sélène Tonon, conseillère municipale déléguée aux musées. « Le Parlement de Bretagne est un lieu majestueux, un lieu chargé, utilisé quotidiennement pour la justice. Voir ce décor restauré, c’est retrouver un lieu habité, inspirant, qui rend hommage à l’histoire de Rennes », précise Thierry Pocquet du Haut-Jussé, procureur général. Visites du Parlement de Bretagne — Grand’Chambre. Samedi 20 et dimanche 21 septembre 2025. 9 h 30– 12 h 30/13 h 30 – 18 h. Entrée libre, Place du Parlement, Rennes

Guillaume Kazerouni.

Un « carton », c’est quoi exactement ? Les cartons sont des œuvres peintes à l’échelle grandeur nature, servant de modèle aux tisserands dans la confection des tapisseries. Ce peut être une toile, une gouache sur papier ou un dessin préparatoire. Historiquement sans valeur marchande, ces objets sont devenus de précieux témoins de l’art textile et de l’histoire des lieux qu’ils décoraient. Les six cartons rennais sont intitulés : Jeanne d’Arc et le Connétable de Richemont, Le Combat des Trente, Le Couronnement de Nominoë, La Prédication d’Abélard, Le Mariage d’Anne de Bretagne et La Mort du Connétable Du Guesclin.

 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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