Le 21 août 1940, Marcel Brossier commet le premier sabotage contre l’occupant allemand à Rennes. Il sera fusillé le 17 septembre à La Maltière. Il devient l’un des premiers Français exécutés pour un acte de sabotage.
Une figure ordinaire, un acte singulier
Marcel Brossier n’avait rien d’un militant politique aguerri. Né en 1909 à Sainte-Gauburge dans l’Orne, cet ouvrier mécanicien installé à Rennes n’avait pas été mobilisé en raison de son amputation partielle d’une jambe. Il vit modestement au 33 rue Duhamel, entres les avenue Janvier et Barthou. Sa vie avant-guerre n’a rien d’héroïque : une condamnation mineure pour vol de bicyclette, en état d’ivresse, lui vaut deux mois de prison.
Tout bascule en juin 1940 lorsque les troupes allemandes entrent dans Rennes. Brossier ne supporte pas l’occupation. Indigné par la présence ennemie dans les rues, il veut agir. Le jeune Marcel vit dans le quartier de la gare, où se pavanent les forces d’occupation du matin au soir. Ne connaissant pas encore de groupes organisés, il passe seul à l’action. Un soir, muni d’une pince, il coupe un câble téléphonique allemand, installé entre son domicile et l’avenue Louis-Barthou.
Un message clair de l’occupant
L’armistice signé entre la France et l’Allemagne le 22 juin 1940 interdit formellement de porter atteinte aux infrastructures et équipements militaires. Dès fin juillet, l’armée allemande à Rennes annonce que tout sabotage sera puni de mort et que des otages seront arrêtés en cas d’acte non élucidé.
Lorsque Marcel Brossier est arrêté – dénoncé, surpris ou confiant envers un interlocuteur, nul ne le sait précisément – les autorités appliquent la menace. Le 12 septembre, il est condamné à mort par un conseil de guerre allemand. Cinq jours plus tard, il est exécuté à 10 heures à La Maltière, près de Saint-Jacques-de-la-Lande. L’annonce est immédiatement affichée dans la ville et relayée par la presse régionale pour servir d’exemple.
Le premier d’une longue liste
Avec cette exécution, Marcel Brossier devient le premier fusillé pour sabotage à Rennes, et le deuxième en Bretagne après Joseph Trigodet, tué dix jours plus tôt à Assérac. Il est aussi l’un des tous premiers au niveau national : six résistants sont déjà tombés en France à ce moment-là pour des actes similaires. Sa tombe, marquée « Mort pour la France », fut oubliée, puis supprimée au cimetière de l’Est, faute de famille connue. Ses restes ont été versés à la fosse commune.
Mais son nom, lui, n’a pas été effacé. Gravé au Panthéon rennais, il est aujourd’hui honoré dans deux rues, à Rennes et à Saint-Jacques-de-la-Lande. Il rappelle le geste isolé d’un homme ordinaire qui, bien avant la naissance de la Résistance organisée, refusa la résignation.


