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mercredi 29 juillet 2026
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Quinze heures pour remonter de Bayonne à Rennes, dans des trains bondés et sans climatisation !

Un Rennais de retour d’une randonnée sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, raconte son éprouvante remontée vers la Bretagne. Après la suppression de nombreux trains dans le Sud-Ouest en raison des incendies, son trajet entre Bayonne et Rennes s’est transformé en un périple de plus de quinze heures, entre rames bondées, correspondances précipitées et TGV sans climatisation. Une mésaventure qu’il tient toutefois à relativiser au regard du drame humain vécu par les milliers de sinistrés, évacués ou privés de leur maison et de leur activité.

« Après six jours de randonnée, nous devions passer la nuit du dimanche à Saint-Jean-Pied-de-Port, avant de rejoindre Bayonne ce lundi matin pour prendre notre train en direction de Bordeaux, puis Paris et, enfin, notre Bretagne. Les incendies nous ont contraints à revoir totalement notre programme. Notre première déconvenue est survenue à Saint-Jean-Pied-de-Port. Contraints d’annuler notre nuitée dans une chambre d’hôtes, nous n’avons jamais récupéré la caution versée. Nous n’en avons pas fait un drame. Après plusieurs jours passés sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, où le partage et la solidarité ne sont pas de vains mots, nous avons préféré céder notre réservation à un pèlerin en difficulté plutôt que de la laisser se perdre, selon le sacro-saint principe du donativo !

Nous avons donc rejoint Bayonne dès le dimanche soir, persuadés d’être prêts à prendre notre train le lendemain matin. C’est là que nous avons appris que celui-ci était tout simplement supprimé en raison des incendies. La SNCF, par l’entremise d’un agent fort aimable, nous proposait alors une autre solution : repartir immédiatement en direction de Toulouse afin de gagner quelques précieuses heures sur un voyage vers la Bretagne qui s’annonçait déjà interminable.

Restait à annuler notre hôtel de Bayonne, devenu inutile. Une simple formalité, pensions-nous, au regard des circonstances. Nous ne changions pas nos projets par convenance personnelle, mais parce que les incendies bouleversaient totalement les transports dans le Sud-Ouest. Nous nous sommes pourtant heurtés à une fin de non-recevoir. “C’est payé”, nous a simplement répondu l’hôtelier aux mocassins à glands. Pas un mot d’empathie. Pas le moindre geste commercial. Rien. Que nenni !

Nous lui avons rappelé ce que nous venions de vivre pendant une semaine sur les chemins de Saint-Jacques : des inconnus qui ouvrent leur porte, des pèlerins qui s’entraident sans se connaître, des hébergeurs qui placent l’humain avant le portefeuille. En vain. Ce soir-là, nous n’avons pas rencontré un hôtelier, mais un véritable marchand du Temple, pour qui une réservation comptait davantage que les circonstances exceptionnelles et qu’un simple geste d’humanité. “Ce sera toujours cela de pris”, devait-il se dire, impunément.

Heureusement, Bayonne ne se résume pas à cette rencontre désastreuse ni à un hôtel pour le moins resté dans son jus. Nous avons trouvé un peu de réconfort au restaurant L’Imprévu — un nom qui, dans les circonstances, ne pouvait pas mieux tomber. Nous y avons retrouvé un accueil chaleureux, un sourire et cette humanité qui nous avaient tant manqué quelques heures plus tôt.

En avant, Guingamp !

Ce lundi, nous passerons finalement plus de quinze heures dans les transports. Départ à 7 h 53, arrivée prévue vers 23 h à Rennes, après un interminable périple par Pau, Toulouse, Bordeaux et Paris. De bon pied, de bon œil, nous partons dès le matin pour cette longue journée. Sur le quai, la rame est bien là. De nombreux randonneurs posent leurs sacs à dos et, en avant, Guingamp !

À Pau, première correspondance. Nous courons vers le TER qui doit rejoindre Toulouse, avec une arrivée prévue à 12 h 30. Mais là, mauvaise surprise. Les voyageurs s’entassent tant bien que mal dans les wagons, au milieu des valises. On a l’impression d’être dans le métro parisien à l’heure de pointe…. Beaucoup de passagers viennent, comme nous, du Sud-Ouest, en raison des trains supprimés entre Bayonne et Bordeaux. Un couple avec des enfants en bas-âges se glissent au milieu des usagers. Chacun essaie de leur créer un espace vital. 

Par solidarité, les personnes les plus fragiles trouvent des places assises. Mais certains jeunes préfèrent rester bien installés au fond de leur siège. La solidarité intergénérationnelle a parfois ses limites…. En revanche, nous ne comprenons pas pourquoi une rame supplémentaire n’a pas été prévue. Pour prendre notre mal en patience, nous tentons de lire un journal. Mais il faut faire preuve d’une grande agilité pour tourner les pages, tout en restant debout durant deux heures trente, accrochés tant bien que mal aux barres de retenue.

À Lourdes, pas de miracle

À Lourdes, pas de miracle. Les gens ne peuvent plus entrer dans la rame et, du côté de la SNCF, toujours pas de rame supplémentaire. “Nous souhaitons un bon voyage aux nouveaux passagers”, annonce la voix du contrôleur, sous les éclats de rire. Il commence à faire chaud. À Muret, une dame âgée, debout depuis le départ du train, fait un malaise. Le signal d’alarme a été tiré par un passager pour lui venir en aide. Pendant de longues minutes, le Pau-Toulouse reste à l’arrêt.

Dans la rame archibondée, les voyageurs font preuve de patience, à l’exception d’un jeune homme qui demande aux autres passagers d’avancer encore un peu dans le wagon. “Puisqu’on vous dit qu’il y a des valises au milieu du chemin !”, lui répond-on. Il finit par entendre raison au moment où le train repart vers sa destination. Arrivés à Toulouse, nous n’avons pas le temps de reprendre nos esprits. Il faut courir pour rejoindre le Marseille-Bordeaux. Cette fois, les places sont suffisantes. Le train intercités, d’un autre âge, nous parait être d’un grand luxe. 

Des éventails « made in SNCF »

À Bordeaux, c’est une tout autre histoire, dans une odeur âcre. Il est maintenant 16 h et il faut de nouveau courir pour rejoindre le TGV Bordeaux-Paris. Dans le wagon, la chaleur est étouffante, voire suffocante. Est-ce la conséquence de notre course sur les quais ? Rien de tout cela. Notre voisin de fauteuil nous confirme que la climatisation ne fonctionne pas.

Pour rafraîchir les passagers, les contrôleurs passent avec des bouteilles d’eau et des éventails, “made in SNCF”. Deux heures trente dans ces conditions, cela ne va pas être de la tarte ! On baisse les rideaux. Rien n’y fait. La chaleur est étouffante. Au loin, l’épais nuage de fumée des incendies nous rappelle que nous sommes finalement bien lotis. La capitale arrive enfin vers 19 h. Mais, pour rejoindre la Bretagne, il va encore falloir patienter un peu. À 23 h, nous y arrivons enfin…, après une petite entrecôte bien méritée dans un bistrot parisien du quartier Montparnasse.  

Notre mésaventure est évidemment dérisoire au regard du drame vécu par les milliers de personnes évacuées, par celles qui ont perdu leur maison, leur exploitation ou leur activité. C’est d’abord à elles que vont nos pensées. Nous formulons simplement un vœu : que ces femmes et ces hommes, lorsqu’ils retrouveront un jour le chemin des vacances, notamment en Bretagne, y rencontrent l’accueil chaleureux et l’humanité dont ils auront besoin. »

 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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