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lundi 25 mai 2026
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QUAND LA PESTE RAVAGEAIT LA VILLE DE RENNES

Au XVIIe siècle, Rennes est frappée de plein fouet par une série d’épidémies de peste. Face à l’angoisse et aux morts, la ville s’organise, soigne, prie… et formule un vœu resté gravé dans son histoire : celui de Bonne-Nouvelle.

 Une ville régulièrement ravagée

Entre 1500 et 1640, Rennes connaît de nombreuses résurgences de peste, sous forme bubonique ou pulmonaire. Dès 1483, les registres de la cathédrale signalent la fuite des chanoines devant le fléau, à l’exception d’un seul qui continue à siéger. La maladie frappe de manière endémique tout au long du XVIe siècle, avec des pics notables en 1563, 1585, 1605 ou encore dans les années 1620.

Face à la contagion, on met en place… un confinement. Le Parlement de Bretagne quitte la ville, les écoles ferment, les spectacles sont interdits, les malades enfermés chez eux, les mendiants expulsés. Un hôpital réservé aux pestiférés, dit « de la Santé », est construit dès 1632. Lors des pics épidémiques, comme celui de 1605, des centaines de personnes y sont prises en charge. À mesure que le mal progresse, les autorités durcissent les règlements : amendes pour ceux qui fréquentent les tavernes, interdiction d’échanger les vêtements des morts, condamnation des voleurs d’objets contaminés.

Le vœu de 1632 : foi contre épidémie

Alors que la peste sévit violemment à Rennes depuis plusieurs années, un membre du clergé propose en octobre 1632 de placer la ville sous la protection de la Vierge. Un vœu est formulé : si la ville est épargnée, une maquette de Rennes, en argent, sera offerte à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle.

La contagion cessant presque aussitôt, le vœu est exaucé. Une collecte est lancée, et une œuvre d’orfèvrerie de près de 30 kilos d’argent est commandée à Paris. En août 1634, le sieur de La Haye, orfèvre de la capitale livre la maquette d’une vierge à l’enfant surplombant la ville de Rennes. On y retrouve des détails précis : la cathédrale, les abbayes de Saint-Georges et Saint-Melaine, l’horloge et le Parlement de Bretagne.

Le 8 septembre 1634, jour de la Nativité de la Vierge, une grande procession est organisée pour porter le « Vœu de Bonne-Nouvelle » à l’église éponyme. Accompagnée de musique, de trompettes et de cortèges en costumes, la cérémonie rassemble le clergé, les parlementaires en robes rouges, les écoliers et une foule immense. Dans les jours qui suivent, les clés de l’hôpital et des maisons contaminées sont portées devant la Vierge. Le pain vient à manquer tant les visiteurs sont nombreux. L’événement s’inscrit dès lors comme une date marquante du calendrier religieux rennais.

Une mémoire reconstituée

La maquette d’argent fut fondue à la Révolution, mais une réplique fut réalisée en 1861. Quant à la fête de la Bonne-Nouvelle, elle continue aujourd’hui encore d’être commémorée chaque 8 septembre. Elle rappelle un temps où la peste dominait la ville, et où les Rennais, entre hygiène, autorité et ferveur, cherchaient dans l’action collective une protection face à l’invisible.

Julien Moreau
Julien Moreau
Julien Moreau est journaliste de presse locale et chroniqueur judiciaire. Diplômé d'école de journalisme en 2008, il a depuis été reporter pour les rédactions du Parisien-Aujourd'hui en France, Ouest France et le Télégramme. Il a également collaboré avec la presse nationale (Le Canard Enchaîné, Le Nouvel Obs, 60 millions de consommateurs et Canal+) comme correspondant justice et politique.

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