« À l’époque, j’étais collégien à Anne-de-Bretagne », raconte avec émotion ce vieux Rennais, replongé dans ses souvenirs anglais. « Cela devait être au début des années 1980. J’avais été reçu dans une famille à Exeter, chez Richard, au 7 Conrad Avenue. Une super famille. Ils m’avaient emmené à Londres. A Exeter, j’’avais même eu la chance de voir la reine d’Angleterre. »
Un de ses amis se souvient. « On traversait la Manche en ferry», se souvient-il. « Là-bas, il y avait des boites de nuit pour adolescents où ils arretaient la musique pour faire des concours de pompes. On ne comprenait rien, mais cela nous ouvrait nos chakras. Pour beaucoup d’entre nous, c’était le voyage d’une vie! » À travers ces souvenirs presque romanesques, c’est toute une histoire locale qui ressurgit. Celle du jumelage entre Rennes et Exeter, né en 1956, dans une Europe encore marquée par les blessures de la guerre.
Exeter n’est pas une ville inconnue des Rennais. Située à environ 250 kilomètres au sud-ouest de Londres, dans le Devon, cette cité anglaise d’environ 120 000 habitants est riche d’une histoire ancienne. Ancien oppidum celte puis ville romaine, elle s’est développée autour de la rivière Exe, qui lui a donné son nom. Dominée par son imposante cathédrale du XIe siècle, elle conserve un patrimoine remarquable, avec le château de Rougemont et de nombreuses églises médiévales. C’était là où le Rennais avait croisée la Queen Mum.
Longtemps prospère grâce à son port actif sur la Manche, au commerce de la laine et au textile, Exeter fut durement frappée par les bombardements allemands en 1942. Aujourd’hui, elle accueille notamment le siège du Met Office, la célèbre météorologie britannique, ainsi qu’une université reconnue. Le jumelage avec Rennes y est visible jusque dans l’espace urbain : au nord de la ville, une voie baptisée Rennes Drive serpente dans un quartier verdoyant proche du campus universitaire. À Rennes, c’est la rue d’Exeter, à Maurepas, qui rappelle cette amitié transmanche, parfois méconnue.
Pour marquer ce 70e anniversaire, les deux villes organisent une série d’événements culturels, artistiques et citoyens. Avec le soutien de l’ambassade britannique en France, un projet artistique participatif a déjà réuni, fin mai, habitants du quartier Maurepas et artistes des deux villes autour de l’opération Ma rue comme là-bas. Le 28 mai dernier, rue d’Exeter, un panneau artistique imaginé avec les habitantes et habitants du quartier a été dévoilé devant les habitants. Inspirée des échanges menés avec deux artistes venues d’Exeter, l’œuvre a réinventé la rue rennaise comme si elle se trouvait outre-Manche. Les participants ont partagé ateliers de peinture, collages, discussions autour des ressemblances entre les deux villes… et même un traditionnel thé anglais.
Mais le temps fort des célébrations reste encore à venir. Au cours de l’année, les échanges entre habitants doivent se multiplier de part et d’autres de la Manche. À Rennes, les festivités doivent se poursuivre dans le quartier Maurepas, dont plusieurs rues portent les noms des villes jumelées : Exeter, Brno, Rochester, Jinan ou Hué. Après le panneau consacré à Exeter, une nouvelle création artistique verra le jour le 25 juin dans l’allée de Brno. À terme, l’ensemble des œuvres sera réinstallé dans le quartier en 2028, lors d’une déambulation artistique. Pour ce Rennais qui se souvient encore de Richard Holmes et de Conrad Avenue, ces 70 ans réveillent surtout une conviction simple : « À l’époque, on découvrait un autre pays grâce aux familles. On revenait changé. »


