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lundi 26 février 2024
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GWENDAL GAUTHIER : Il EST PLUS FACILE DE LANCER UN JOURNAL AUX ETATS-UNIS QU’EN FRANCE

Rennais d’origine, Gwendal Gauthier a lancé en 2013 Le Courrier de Floride, un mensuel gratuit sur papier destiné aux expatriés et touristes, appuyé par . Il s’agit d’une aventure journalistique unique, car il n’y a pas d’autre « journal de communauté » pour les Français expatriés dans le monde. Son journal s’appuie sur un site internet d’actualités qui permet à la fois de faire découvrir la Floride à ceux qui ne la connaissent pas encore, mais aussi de donner des infos aux francophones perdus au milieu des 20 millions d’Américains de cet Etat.

Comment l’idée est venue de créer un journal?

Ca faisait bien 10 ans que je souhaitais lancer mon propre journal local en France, mais mes études de marché n’étaient jamais concluantes ; ce qui est à mon sens significatif de plusieurs problèmes sur l’environnement économique de la presse française. Ce sont des raisons familiales qui m’ont néanmoins amené aux Etats-Unis, mais je connaissais déjà bien la région sud de la Floride, entre Miami et Orlando, qui compte plusieurs centaines de milliers d’expatriés francophones, avec par ordre d’importance : Haïtiens, Québécois, Français, Marocains, puis d’autres nationalités originaires d’Europe ou d’Afrique. Si vous ajoutez à cela 350 000 touristes français chaque année, plus 1 million de Québécois qui viennent y passer entre 3 et 6 mois chaque hiver… ça faisait beaucoup de monde à avoir besoin d’un journal !

Une telle initiative serait ainsi plus facile aux Etats-Unis qu’en France ?

Les Etats-Unis sont évidemment bien plus avantageux au niveau des charges d’entreprise et de la fiscalité, mais aussi pour celles des sous-traitants, à commencer, dans le cas d’un journal, par les tarifs des imprimeurs ! Cela c’est pour le côté économique, parce que l’aventure journalistique locale est toujours une expérience unique, quelle que soit la région du monde dans laquelle on se trouve. En plus, Le Courrier de Floride est le tout premier « community newspaper » de la planète. Les Anglais ont des journaux locaux en France, les Brésiliens ou les Cubains en ont en Floride, mais les Français n’en ont ni à New-York, ni à Londres, ni à Tokyo… L’aventure était donc assez… totale ! Oui il est plus facile de monter un journal en Floride qu’en Bretagne.

Est-il plus facile d’exercer son métier aux Etats-Unis ?

Personnellement je n’ai jamais eu peur des procès en France (même si je n’en ai jamais eus). J’y ai néanmoins constaté une assez grande auto-censure des journalistes et des rédacteurs-en-chef afin de les éviter ces procès. Aux Etats-Unis on ne se pose pas ce genre de question ! Par-delà la liberté d’expression qui est fondamentale, dans l’Etat de Floride il existe même une jurisprudence accordant aux journalistes le droit de… mentir ! Je te rassure tout de suite, je n’en abuse pas ! Mais en tout cas on se sent très libre d’écrire ce qu’on veut, et c’est une petite différence qui est tout de même appréciable.

 

Es-tu sur le Net ?

Internet est indispensable pour avoir un bon complément de réactivité et de lecteurs. La Floride est un grand Etat, et le journal ne peut être présent dans chaque village. L’info doit passer vaille que vaille, et j’ai toujours eu la conviction qu’il ne fallait pas opposer la presse papier et web : l’avenir est aux médias qui savent allier les deux. J’ajoute qu’internet est un outil fantastique pour les expatriés. Durant des siècles, ils se sont sentis isolés, dans l’impossibilité d’avoir des nouvelles fraîches, et aujourd’hui tout est devenu instantané grace au web.

As tu décroché des aides ?

Le principe de la vie économique aux Etats-Unis, c’est qu’on te permet de gagner de l’argent avec ton entreprise, en revanche les Américains considèrent les « aides » gouvernementales comme un vol de leurs impôts. Donc les aides n’existent pas, ou presque. En tant qu’entreprise américaine, on n’a évidemment pas le droit non plus aux aides des pays francophones. Encore que les associations d’aide à la francophonie existent, mais je ne suis pas aux Etats-Unis pour jouer une partition inverse à celle du pays. Le temps perdu à remplir des formulaires et à plaider des dossiers face à l’administration, comme ça se fait en France, est quelque chose de totalement étranger à la mentalité des expatriés. Pour faire simple : l’argent qu’on ne touche pas en subventions, on le gagne sur nos impôts, et en économisant le temps nécessaire à affronter l’administration.

Quel est ton modèle économique ?

Nous sommes un journal gratuit, donc nous ne vivons que de la publicité que nous achètent nos partenaires francophones ou américains afin de toucher nos lecteurs, qui sont des résidents ou des touristes francophones.

Justement, qui sont tes lecteurs ? Combien ?

Ce sont les francophones des nationalités que j’ai cité auparavant. Nous imprimons jusqu’à 60 000 journaux et nous sommes montés à 250 000 visiteurs uniques par mois lors de la dernière saison sur notre site internet. Nous avons un peu moins de lecteurs quand le million de Québécois n’est pas là.

Que recherchent-ils ?

Des choses assez différentes. Entre un touriste retraité canadien et un chef d’entreprise français, un banquier suisse ou un cadre supérieur d’une succursale montréalaise, il y a des différences culturelles et sociales importantes. Les personnes en villégiature recherchent de l’information ludique, alors que les expatriés ont souvent besoin d’infos plus techniques, plus économiques, et évidemment pragmatiques, afin de savoir comment vivre aux Etats-Unis. Il faut allier tout cela. Les communautés sont également sur des zones séparées. La majorité des Français et des Haïtiens sont à Miami, la majorité des Canadiens est autour de Fort Lauderdale, et celle des Marocains est répartie entre Orlando et Tampa. On ne peut pas leur parler de la même chose.

Gwendal Gauthier (à droite) le mois dernier en compagnie du maire de Miami, Tomas Regalado, qui fut un célèbre journaliste international

Quelle est la ligne éditoriale ?

Je suis formaté comme un journal français : neutralité et pluralité de l’info. On parle de tout ce qui est important à la fois dans la vie floridienne, et de tout ce qui est important chez les « expats ».

Quelles sont tes ambitions ?

Pourquoi pas donner des petits frères au Courrier de Floride dans d’autres Etats des USA…

Penses-tu revenir en France ?

La question n’est pas tant de vouloir que de pouvoir. L’expatriation dans plusieurs pays comme les Etats-Unis offre un confort par rapport à la France. Il ne s’agit pas d’idéaliser un pays : les Etats-Unis ont beaucoup de défauts, comme toutes les autres nations. Néanmoins, une écrasante majorité des expatriés pensent qu’ils perdraient trop à rentrer en France. De tous temps les expatriés français souhaitaient rentrer en France, mais aujourd’hui, dans le meilleur des cas… on évite juste de se poser la question. On verra plus tard !

Le taux de conversion peut aussi jouer chez certains expatriés : s’ils ont économisé toute leur vie en dollars, ils ne sont pas forcément tentés de convertir leur pactole en euros. Moi-même, comme les autres expatriés aux Etats-Unis, sommes majoritairement contents d’être ici, mais de nombreux aspects de la vie en France nous manquent à tous.

Et y a-t-il beaucoup de Bretons en Floride ?

Il y en a dans tous les pays du monde : les Bretons n’ayant jamais eu peur de lever les voiles. Oui il y en a pas mal en Floride, mais nous n’avons pas encore monté de Cercle Celtique : ça viendra ! http://www.courrierdefloride.com et http://www.facebook.com/courrierdefloride

Jean-Christophe COLLET
Jean-Christophe COLLET
J-C Collet est journaliste et auteur (Lieux romantiques à Paris, Bretagne Chic, On dit qu'en Bretagne, Bretagne pas chère, Livre blanc sur le Nucléaire...).

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