Devant la porte-Saint-Vincent, à Saint-Malo, ce jeudi 13 novembre, jour de commémoration des attentats du Bataclan, un homme est seul, avec une pancarte, un drapeau français et des mots simples. Il a écrit sur un carton en bois : « Il y a 10 ans, 130 personnes massacrées. » Assis sur un banc en pierre, Teddy a choisi de provoquer la discussion. Conducteur de bus de profession, il ne se revendique ni militant ni activiste. Il veut juste parler avec les gens !
Cela faisait des années que cette idée lui trottait dans la tête. Un jour, il s’arrêterait dans la rue, irait au contact, débattrait avec les promeneurs, peu importe leurs origines, leurs opinions, leurs croyances. « On est tous collés à nos téléphones, on ne bavarde plus entre nous », explique-t-il avec calme.
Son panneau est loin d’être un manifeste. Il parle de massacre et laisse les passants libres d’interpréter. Certains s’arrêtent. Comme cet homme, le premier à venir discuter avec lui, touché par ce mot : massacre. Mais pour Teddy, le terme est juste. « Ce n’était pas un combat, ce n’était pas une guerre. C’étaient des gens sans défense », dit-il. « Dans les conflits d’avant, les civils représentaient 10 % des morts. Aujourd’hui, ce serait l’inverse. »
Calme, grand sourire, il veut créer un espace d’échange, tout en s’expliquant sur son étendard français. « Le drapeau, certains le voient comme un symbole raciste ou fasciste. Mais pour moi, c’est liberté, égalité, fraternité. Et ces valeurs, on doit se les réapproprier. Elles ne sont pas l’apanage d’un camp ou d’un parti. Elles appartiennent à chacun. » Venu passer la journée à Saint-Malo, il a profité du beau temps pour échanger quelques mots avec des inconnus. Il ne cherche pas à convaincre. Juste à parler, pour de vrai dans la rue.


