« Les préfets prendront les décisions en lien avec les maires pour protéger nos villes », avait déclaré Emmanuel Macron sur toutes les chaines de TV. À Rennes, après les violences du 17 octobre, cette volonté de coopération entre l’État et les municipalités prend une résonance particulière. Dimanche matin, la maire Nathalie Appéré n’était pas aux côtés de la préfète Emmanuelle Dubée, du procureur de la République et de Laurence Lairet, nouvelle directrice de la police d’Ille-et-Vilaine, lors de leur visite aux commerçants sinistrés. Quelques jours plus tard, elle était également absente de la réunion organisée avec les commerçants, où elle était représentée par son adjoint Sébastien Sémeril. La maire fait-elle cavalier seul ? Entre les divergences politiques, une majorité municipale aux sensibilités diverses et une nouvelle responsable policière qui prône le dialogue, la question mérite d’être posée.
Le samedi 17 octobre 2026, Rennes a connu une journée de violences particulièrement graves. Après une manifestation contre la vie chère réunissant 12 000 personnes selon la préfecture, des groupes d’individus ont multiplié les affrontements avec les forces de l’ordre, les incendies et les pillages. Soixante commerces ont été dévastés dans le centre-ville. Dès le lendemain, les autorités de l’État se sont rendues à la rencontre des professionnels sinistrés. La préfète Emmanuelle Dubée était accompagnée du procureur de la République et de Laurence Lairet. Mais Nathalie Appéré n’était pas présente lors de ce déplacement. « J’ai rencontré avec la préfète, dès le dimanche matin, des commerçants qui ont été les plus touchés », a confirmé Laurence Lairet lors d’une rencontre avec la presse, jeudi 22 octobre.
Interrogée sur l’absence de la maire, elle n’a pas souhaité alimenter la polémique. Elle s’en est bien gardée. « La préfète m’a invitée. Nous étions avec le procureur de la République également », a-t-elle simplement répondu. Quelques jours plus tard, Nathalie Appéré n’assistait pas davantage à la réunion organisée avec les commerçants, en préfecture à Rennes. La municipalité y était uniquement représentée par Sébastien Sémeril. Ce deux absences peuvent surprendre en ces heures si graves, même si elles ne permettent pas, à elles seules, de conclure à une mésentente entre les institutions.
Dans l’entourage de la maire, on récuse toute idée de désengagement. « Elle est là où elle doit être », assure-t-on. Nathalie Appéré a d’ailleurs publié un communiqué détaillant l’action municipale ce jour sur son compte Facebook. « Depuis dimanche, mobilisation sans faille aux côtés des commerçants rennais », affirme-t-elle. La ville met en avant le soutien psychologique, l’accompagnement des professionnels, les opérations de nettoyage et la préparation de mesures pour soutenir le commerce de centre-ville. «Les élus, précise-t-elle, écoutent, accompagnent, orientent, mettent en relation, coordonnent l’action partenariale avec la CCI et les services de l’État ».
Laurence Lairet veut privilégier le dialogue
Aujourd’hui, la volonté présidentielle de faire travailler ensemble préfets et maires trouve un écho dans les déclarations de Laurence Lairet. La nouvelle directrice de la police nationale ne souhaite surtout pas s’inscrire dans une rivalité avec Nathalie Appéré. « J’ai aucune problématique avec la maire de Rennes et c’est absolument pas dans mon intérêt, ni même dans mon logiciel, de m’inscrire dans une opposition quelconque », affirme-t-elle. « J’ai rien à y gagner, je pense qu’elle a rien à y gagner non plus. » Elle revendique une méthode fondée sur le consensus : « S’il y a des difficultés, on va travailler dessus pour essayer de les lever. S’il y a des incompréhensions, moi je veux aussi les lever. Je ne suis pas du tout dans une logique de conflictualité. Aucune. »
Laurence Lairet défend le principe d’un « continuum de sécurité », associant la police nationale, les collectivités et leurs partenaires. « On travaille en réseau avec une vraie intention de faire de la sécurité l’affaire de tous. C’est pas seulement un slogan », insiste-t-elle. Sur le terrain, la coopération avec les services municipaux est bien réelle. La police municipale participe notamment aux mesures de circulation, tandis que les services techniques sont sollicités pour retirer des barrières ou des poubelles susceptibles d’être utilisées pendant les affrontements.
Mais une information mérite d’être relevée. Depuis sa prise de fonctions, Laurence Lairet n’a pas encore rencontré personnellement Nathalie Appéré. Une entrevue était prévue, mais les événements des dernières semaines ont bouleversé son agenda. « À l’heure où on se parle, je devais rencontrer la maire de Rennes et je n’ai pas eu l’occasion à cause des événements », explique-t-elle. « Quand je vous dis que j’ai pas vu le jour, j’ai pas vu le jour », ajoute-t-elle.
Des précédents entre la mairie et la préfecture
Ce n’est pas la première fois que les relations entre la ville et les représentants de l’État suscitent des interrogations. Après une précédente nuit de violences, un préfet avait déjà appelé à travailler ensemble pour faire face aux troubles, comme le rappelait Rennes Infos Autrement dans un précédent article. Plus récemment, des divergences sont également apparues entre Nathalie Appéré et le préfet Franck Robine autour du maintien de l’ordre. Ces désaccords nauraient toutefois pas empêché la poursuite du dialogue institutionnel. Laurence Lairet entend manifestement privilégier cette voie.
Mais la situation est sans doute plus délicate pour Nathalie Appéré, qui dirige une majorité municipale composée de plusieurs sensibilités de gauche et écologistes. Femme de gauche, la maire de Rennes doit tenir un cap difficile : entendre les revendications sociales exprimées dans la rue, tout en condamnant les violences et en apportant un soutien sans ambiguïté aux commerçants sinistrés. Un exercice d’équilibriste qui illustre toute la difficulté, pour la maire socialiste, de concilier ses convictions de gauche, les attentes de sa majorité et ses responsabilités à la tête d’une ville meurtrie par les violences. Ce d’autant que les Insoumis (souvent soutenus par les jeunes) ont choisi un positionnement plus tranché. Quatre jours après les violences du 17 octobre, le groupe GIEC 17 octobre a vivement dénoncé « une doctrine de maintien de l’ordre axée sur la confrontation », estimant que « les dégradations commises en marge des manifestations sont la conséquence d’un pouvoir sourd aux revendications des lycéens, étudiants et travailleurs ».
Un front commun encore à construire ?
Peut-on pour autant parler de rupture entre Nathalie Appéré et la préfecture ? Rien ne permet de l’affirmer. La maire met en avant la mobilisation de ses services et leur coopération avec l’État. Tout comme la préfète, Laurence Lairet, de son côté, multiplie les déclarations d’ouverture et refuse toute opposition institutionnelle. Reste une question de symbole. Après des violences d’une telle ampleur, une présence commune de la maire, de la préfète, du procureur et de la directrice de la police aurait pu incarner cette unité souhaitée par Emmanuel Macron. À Rennes, après les violences du 17 octobre, le véritable enjeu sera peut-être moins de savoir qui occupe le terrain que de parvenir à l’occuper ensemble. La balle semble être dans le camp de Nathalie Appéré.


