C’est une page de l’histoire du commerce rennais qui se tourne définitivement. Laurence Taillandier, figure bien connue de l’optique et présidente du Carré Rennais, vient de transmettre sa boutique de la rue Lafayette à deux jeunes opticiennes. C’est une décision chargée d’émotion pour celle qui a grandi dans ce commerce familial créé par ses grands-parents en 1920. Mais pas question de quitter le centre-ville : elle conserve son bureau et la présidence de l’association des commerçants.
Dans la rue Lafayette, à Rennes, une histoire familiale vieille de plus d’un siècle entame un nouveau chapitre. La pétillante Laurence Taillandier a décidé de passer la main. « J’arrête mon activité d’optique. J’ai encore un peu de travail jusqu’à la fin de l’année, mais officiellement, j’ai transmis le magasin de la rue Lafayette », confie-t-elle. La boutique a été reprise par deux jeunes professionnelles, Pauline et Chloé. « Elles seront dans la même veine de notre manière de faire, c’est-à-dire très indépendantes, au plus près des gens », souligne Laurence Taillandier. « Elle devraient également proposer les mêmes collections et poursuivre le travail de fond consacré à la santé visuelle, notamment à travers l’optométrie (vision et ses troubles).»
Une histoire de famille commencée en 1920
Pour cette Rennaise pure souche, quitter ce magasin n’est pas un événement anodin. Elle y a pratiquement passé toute sa vie. « Je suis née dans la marmite », sourit-elle. Enfant, elle venait déjà aider ses grands-parents. « Je venais coller des gommettes dans le magasin quand j’avais 5-6 ans. » Un brin nostalgique, elle se souvient encore des employés fidèles à la maison familiale durant plusieurs décennies. « Je me rappelle très bien des deux messieurs qui ont travaillé pendant 40 et 45 ans dans la boutique. Je me souviens de leur remise de médailles. J’étais, à l’époque, éblouie. »
Cette aventure familiale remonte à 1920, lorsque ses grands-parents créent leur entreprise d’optique. « Ma grand-mère, originaire du Jura, appartient à une famille profondément liée à la fabrication de lunettes. » Après la Première Guerre mondiale, plusieurs membres de sa famille ouvrent des magasins dans différentes villes françaises, notamment à Poitiers, Nantes et Quimper. À Rennes, l’entreprise se développe rapidement. A tel point qu’avant la Seconde Guerre mondiale, les grands-parents de Laurence Taillandier possèdent déjà plusieurs boutiques, dont celle de la rue d’Orléans. « Ils étaient des pionniers, vraiment des pionniers. Ils étaient très entreprenants », rappelle-t-elle.
Des lunettes pour voir, mais aussi pour être beau
Arrivée dans l’entreprise familiale en 1970, Laurence Taillandier va progressivement imposer sa propre vision du métier. Passionnée par les beaux-arts, le dessin et le visagisme, elle refuse de considérer les lunettes comme un simple dispositif médical. « Quand j’ai commencé ce métier, on faisait de l’optique, je dirais presque médicale. C’était pas pour être beau, c’était pour être utile. J’ai voulu changer. » Très vite, elle se tourne alors vers les créateurs, en recherchant des montures originales et travaillant particulièrement l’esthétique de ses boutiques. « Mon ambition était d’associer la qualité de la vision à l’élégance des montures.»
Dans ses magasins, chaque détail compte, de la décoration à la présentation des collections.
Audacieuse pour l’époque, la jeune commerçante ouvre même une boutique à Melesse où elle imagine notamment un espace de 300 m² organisé en univers distincts : enfants, adolescents, hommes, femmes, sport ou lunettes solaires. « J’aimais inventer des choses, parce que cela m’amusait de réfléchir pleinement à comment apporter des solutions à tout type de population », explique-t-elle. Au fil de sa carrière, elle dirigera jusqu’à quatre boutiques, à Melesse, à Lorient et à Rennes où son neveu poursuit lui l’aventure Taillandier dans sa boutique de la rue d’Orléans..
« J’ai gardé mon bureau au-dessus du magasin »
Même si elle reconnaît une certaine émotion au moment de transmettre son commerce, Laurence Taillandier n’entend pas quitter la vie rennaise. Elle a conservé son bureau au premier étage de l’immeuble de la rue Lafayette. «Ce sera une manière de rester au contact du centre-ville, de ses commerçants et de ses habitants.» D’autant que Laurence Taillandier conserve une autre responsabilité importante : la présidence du Carré Rennais, l’association des commerçants du centre-ville. « Je suis élue encore pour deux ans pour mettre davantage en lumière le travail quotidien de cette structure, de ses salariés et les actions menées au service des commerçants», précise-t-elle. Pour l’heure, le nom Taillandier demeure sur la devanture, le temps d’accompagner cette transmission.


