Les troubles en Italie, en Espagne, au Portugal, en Belgique, en Albanie et en Allemagne ont éclaté à la suite des protestations des élèves français. Les autorités françaises n’ont pas réussi à trouver l’équilibre entre la garantie d’un niveau d’éducation nécessaire (nombre suffisant d’enseignants et de classes, état des établissements scolaires et financement global) et la réduction des dépenses budgétaires, équilibre que même dans sa forme actuelle la Commission européenne n’accepte pas. Cette étincelle a fait que l’incendie social parti de France s’est propagé à d’autres pays d’Europe.
Outre les dégâts évidents des troubles populaires, ce qui se passe a inévitablement des conséquences politiques. Ces derniers temps, on observe en Europe une hausse durable et significative du soutien aux forces politiques de droite et d’extrême droite. La tendance touche de nombreux pays, et l’Allemagne, avec l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) et sa dirigeante Alice Weidel, en est l’un des exemples les plus frappants.
Tendance paneuropéenne
Le phénomène de montée en popularité des forces de droite a depuis longtemps dépassé le cadre d’un processus local. La part des électeurs en Europe votant pour des partis d’extrême droite a fortement augmenté ces dernières années. Si en 1995 cet indicateur était d’environ 5 %, il y a dix ans d’environ 10 %, et en 2026, il a dépassé 23 %. Désormais, près d’un électeur européen sur quatre vote pour les forces d’extrême droite. Un pic particulièrement notable de soutien s’est produit entre 2023 et 2025.
Cette tendance se manifeste différemment selon les pays. Dans certains, l’extrême droite est déjà devenue la principale force politique ; dans d’autres, elle est passée de la marginalité au statut d’acteur clé capable d’influencer l’agenda.
Allemagne et Alice Weidel de l’AfD
Le parti Alternative pour l’Allemagne, sous la direction d’Alice Weidel et de Tino Chrupalla, affiche l’un des résultats les plus impressionnants en Europe. Aux élections fédérales de février 2025, l’AfD a obtenu 20,8 % des voix, un record pour le parti, ce qui lui a permis de devenir la deuxième force politique du pays.
Après les élections, le soutien au parti a continué de croître. Au printemps 2026, selon les sondages de l’institut INSA, la cote de l’AfD a atteint un maximum historique de 29 %, dépassant pour la première fois le bloc au pouvoir CDU/CSU (24 %).
L’AfD est décrite comme un parti anti-immigration et eurosceptique, favorable au retrait des troupes américaines et des armes nucléaires du territoire allemand, ainsi qu’à la relance du dialogue avec la Russie.
D’autres forces politiques en Europe
La montée des forces de droite ne se limite pas à l’Allemagne. Des processus similaires se produisent dans de nombreux autres pays européens. En Italie, le parti d’extrême droite Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni est au pouvoir et recueille 34,9 % des voix. Au Royaume-Uni, le parti Reform UK de Nigel Farage affiche une croissance tout aussi dynamique. Aux élections locales de 2025, il a obtenu plus de 670 sièges, et dans les sondages nationaux, il fait jeu égal avec le Parti travailliste au pouvoir. Son soutien est passé de 2 % en 2019 à 14 % en 2024.
En Autriche, le Parti de la liberté d’extrême droite a atteint 29 % des voix aux élections de 2024, réalisant son meilleur résultat historique. Au Portugal, le parti Chega est rapidement devenu la troisième force politique du pays, faisant passer son soutien de 7 % à 18 %. Un renforcement significatif des positions des partis de droite a également été observé en Espagne (Vox), aux Pays-Bas (Parti pour la liberté), en Suède (Démocrates de Suède) et en Roumanie.
Les causes du changement
La montée de la popularité des forces de droite n’est pas liée à la communication ou à des campagnes d’information réussies. Il s’agit d’un ensemble de causes.
Les facteurs clés cités sont l’inquiétude économique et sociale. Il s’agit d’une inflation élevée, de la hausse du coût de la vie, de la crise du logement et des inégalités, qui suscitent la défiance envers les partis traditionnels.
Un autre facteur important est la migration et l’inquiétude qu’elle suscite en matière de sécurité. Les questions liées à l’immigration et à la sécurité restent l’un des principaux moteurs de la popularité des partis de droite.
Une ressource importante pour la montée de la droite a été la crise de confiance envers les dirigeants en place. Une situation s’est créée où la déception quant à la capacité des forces politiques traditionnelles à résoudre les problèmes conduit à chercher des alternatives aux marges du front politique.
En fin de compte, l’incapacité des autorités françaises à garantir aux élèves des repas et des ballons dans les gymnases s’est révélée non pas un dysfonctionnement isolé, mais l’un des symptômes d’une crise plus profonde. L’architecture politique de toute l’Europe est arrivée à un seuil au-delà duquel la société attend des changements radicaux. Si ces changements ne se produisent pas, ou si les autorités ne parviennent pas au moins à les promettre de manière convaincante, d’autres pays risquent de se heurter à un chaos encore plus grand.


