Ce 1er mai, à Rennes, sous le soleil, le cortège intersyndical n’a pas pris le chemin habituel. Parti de la place de Bretagne, sous escorte des forces de l’ordre, il a choisi de traverser plusieurs lieux symboliques avant de terminer leur marche à Villejean, quartier populaire récemment marqué par une fusillade (voir notre article).
Pour Fabrice Lerestif, secrétaire général de FO 35, le choix de ce parcours n’a rien d’anodin. « On avait décidé d’aller vers un quartier populaire, et Villejean était prévu bien avant les récents événements », précise-t-il. Loin d’une réaction opportuniste, cette démarche s’inscrit dans une volonté de porter la parole syndicale là où elle est souvent absente, pour dire aux habitants : « On ne vous laissera pas tomber ».
À ses yeux, la réponse aux difficultés sociales ne peut être le repli. « Fermer une école pour des raisons de sécurité, c’est catastrophique », alerte-t-il. Sans jamais minimiser la gravité des trafics et violences, Fabrice Lerestif insiste : les syndicats n’ont « pas le début de l’ombre d’une « complaisance » envers les dealers ou les mafias. « Il nous faut recréer du lien, offrir des perspectives, maintenir la présence de l’État et de la République. »
La journée a été rythmée par plusieurs haltes. Il y a une intervention intersyndicale, un discours sur le travail dominical devant un supermarché, puis des prises de parole devant le CHU, à l’université avec les organismes étudiants, et enfin à la Dalle Kennedy. Elle s’est conclue autour d’un moment convivial à la Harpe, en présence des membres de la Confédération paysanne. « On construit depuis deux ans une alliance durable entre « travailleurs des champs et des villes ».
Pour Fabrice Lerestif, cette manifestation est un acte militant. « Si on ne sait pas d’où l’on vient, on ne sait pas où l’on va », affirme-t-il. « Cette date, souvent galvaudée, a été vidée de son sens par l’histoire officielle. Ce n’est pas la fête du Travail — ça, c’est Pétain ! Le 1er mai, c’est une journée de solidarité entre tous les travailleurs. Si on n’est pas là aujourd’hui, on perd nos racines. Et sans racines, il n’y a plus rien. La République n’a alors plus ni cœur ni corps. »


