L’arrivée du constructeur chinois Dongfeng à Rennes-La Janais est indispensable pour redonner de la respiration à l’usine Stellantis-La Janais, à Chartres de Bretagne. Mais une question inquiète désormais les salariés : que deviendront leurs contrats de travail ? La CFDT redoute leur transfert vers la future coentreprise. La CFE-CGC lui répond et dénonce un discours « anxiogène », à quelques jours des élections professionnelles.
À Rennes-La Janais, l’arrivée d’un deuxième véhicule est attendue depuis longtemps. Elle a été annoncée à grand renfort de communiqués de presse et réjouit tout le monde. « Sinon, on est mort », résume Laurent Valy, secrétaire général CFDT Métallurgie Cœur Bretagne et délégué syndical CFDT Stellantis. «Malgré la production de la Citroën C5 Aircross de la Janais, les volumes restent très inférieurs aux capacités de notre site. Environ 85 000 véhicules sont aujourd’hui produits pour une capacité de 140 000 », explique la CFDT. «On voit bien qu’on est en surcapacité, on a besoin de volume complémentaire. La Janais fonctionne aujourd’hui avec une équipe et demie, contre deux, voire trois lors des précédents lancements. Douze journées de chômage ont même été enregistrées depuis le début de l’année.»
« Sans partage de l’usine avec les Chinois, on ferme l’usine »
Annoncé en mai dernier, le projet avec Dongfeng est pour l’heure accueilli comme une bonne nouvelle. Il permettrait notamment de produire à Rennes des véhicules de la marque premium Voyah. « On est très, très favorables à l’arrivée de ce véhicule », insiste Laurent Valy. Mais la CFDT réclame maintenant des garanties. «Nous avons strictement zéro information sur le volume et le calendrier», répond le syndicaliste. «Le démarrage, initialement évoqué pour 2028, pourrait glisser vers 2029.»
Dans ce contexte, les récents propos d’Antonio Filosa, directeur général de Stellantis, n’ont guère rassuré la CFDT. Devant le Medef, le patron du groupe a évoqué directement le cas rennais :« au lieu de fermer l’usine, nous allons partager cette capacité avec l’une de leurs marques. » En réaction, le syndicaliste retourne le propos. « Si je mets la phrase à l’envers, c’est : sans partage de l’usine avec les Chinois, on ferme l’usine. Le message est clair. Cela veut bien dire qu’on a ce chantage à l’emploi qui va nous être mis. »
À La Janais, où la moyenne d’âge des salariés atteint 52 ans, le principal sujet d’inquiétude concerne plus que jamais les quelque 1 400 contrats de travail. « Qu’ils nous disent clairement la vérité », réclame Laurent Valy. «Nous, on la connaît, la vérité. On sait très bien qu’ils sont sur le transfert des contrats de travail. » Selon lui, un tel scénario pourrait entraîner l’application du Code du travail, avec un transfert automatique des contrats. «Cette situation ne poserait aucune inquiétude sur les salaires, mais elle le serait davantage pour les avantages acquis au fil des années : primes exceptionnelles, médaille du travail, frais de déplacement, mutuelle ou prévoyance. Je pense que ce sera certainement l’occasion pour eux de raboter un peu tout ce qu’on peut avoir », prévient-il.
La CFE-CGC répond à la CFDT
Dans un communiqué envoyé à notre rédaction, la CFE-CGC ne partage pas cette lecture. Le 26 août, le syndicat avait adressé une mise en demeure à Xavier Chéreau, DRH du groupe. La direction lui a répondu le 2 septembre. « Elle est sortie du bois pour apporter des réponses rassurantes », expliquent Didier Picard, délégué syndical CFE-CGC à Rennes-La Janais, et Laurent Oechsel, délégué syndical central. «La direction confirme noir sur blanc le projet : il repose sur une coentreprise européenne détenue à 51 % par Stellantis et à 49 % par Dongfeng, dont le pilotage et la gouvernance opérationnelle globale seront entièrement assurés par Stellantis. L’objectif officiel de ce partenariat est de contribuer au développement et à la pérennité des activités de l’usine, avec une perspective de production de véhicules à énergies nouvelles à Rennes.»
D’ici là, la CFE-CGC demande à la CFDT d’être patiente. «Des négociations techniques et sociales toujours en cours. Concernant le calendrier précis, les modalités d’organisation ou les implications sur les conditions de travail, la direction s’engage à tenir informés les représentants du personnel dès que ces éléments seront stabilisés.» À quelques jours des élections professionnelles, prévues du 14 au 17 septembre, la CFE-CGC vise directement la CFDT et sa conférence de presse du 2 septembre. Elle lui reproche d’agiter « sans fondement le chiffon rouge de transferts de contrats ou de pertes d’avantages sociaux à des fins purement électoralistes ».
En réponse, la CFDT n’entend pas laisser passer encore une fois l’accusation. « Qui crée cette situation anxiogène ? C’est bien la direction, par son manque d’information », rétorque Laurent Valy. « Sous couvert que c’est anxiogène, sous couvert que ce soit la période électorale, il ne faudrait pas qu’on dise la vérité. Le groupe est en train d’organiser le transfert de nos contrats de travail, et cela, ce n’est pas acceptable. » Malgré tout, la CFE-CGC ne veut pas davantage entendre parler d’un transfert forcé. « L’ensemble des salariés du site doit rester dans le giron de Stellantis.» Au passage, le syndicat exige le maintien des accords collectifs, des primes, de la mutuelle et des garanties sociales. « Le projet doit garantir un contenu local européen de 70 % à 75 % (moteurs, boîtes, cellules de batteries). Rennes ne doit pas devenir un simple atelier d’assemblage de pièces chinoises et pour assurer l’éligibilité aux bonus écologiques publics.»


