Véritable serpent de mer ! Construira-t-on un nouveau stade à la Barre-Thomas ou agrandira-t-on finalement le Roazhon Park ? Relancé cette semaine par Nicolas de Tavernost, le dossier revient sur le devant de la scène. Mais derrière le bras de fer entre le Stade Rennais et la municipalité rennaise, un obstacle beaucoup moins médiatique pourrait peser lourd : la pollution de l’ancien site industriel de la Barre-Thomas. Et surtout cette question : qui paiera pour sa dépollution ?
Dans un tel dossier, tout se dit et beaucoup de choses ne se disent pas. Pour les journalistes, difficile de démêler le vrai du faux. D’un côté, une municipalité rennaise qui communique peu sur les discussions en cours et cultive le secret. De l’autre, la famille Pinault, grand argentier du Stade Rennais, qui garde elle aussi ses cartes près du corps. Entre les deux, les supputations vont bon train, avec des intérêts qui sont loin d’être toujours les mêmes.
Le dossier vient pourtant de connaître un nouveau rebondissement. Mardi 1er septembre, dans l’émission « After Foot » sur RMC, Nicolas de Tavernost a réaffirmé la volonté du Stade Rennais et de la famille Pinault d’investir dans une nouvelle enceinte. « C’est très important d’avoir un nouveau stade à Rennes, il y a un potentiel qui est beaucoup plus important que le stade actuel », a expliqué le président du conseil d’administration du club. La famille Pinault serait « tout à fait prête à investir ».
Pour Nicolas de Tavernost, le sujet n’est donc pas enterré. Il entend « rediscuter avec la mairie » pour voir si le projet peut être relancé. À l’hôtel de ville, le discours est sensiblement différent. Depuis plusieurs mois, la majorité de Nathalie Appéré privilégie clairement l’agrandissement du Roazhon Park, propriété de la Ville. Après les dernières élections municipales, le nouvel adjoint aux sports, Yannick Nadesan, avait acté « une orientation claire » : accompagner une extension du stade actuel lorsque le club en exprimerait le souhait.
Sous la Barre-Thomas, un dossier particulièrement complexe
Mais cette divergence politique n’expliquerait peut-être pas, à elle seule, pourquoi l’hypothèse d’une nouvelle enceinte peine autant à avancer. Selon nos informations, un autre problème pourrait peser très lourd dans la balance : la dépollution de la Barre-Thomas, longtemps occupée par l’industrie automobile et où pourrait être construite la nouvelle enceinte. Sur cet ancien site Citroën, puis PSA et Cooper Standard, plusieurs décennies d’activités industrielles ont laissé leur empreinte.
Rennes Infos Autrement avait déjà consacré un article au problème en décembre 2020. À l’époque, la préfecture confirmait la complexité des opérations. En raison de la diversité des activités industrielles passées, les investigations avaient notamment mis en évidence des polluants métalliques, des hydrocarbures, des solvants chlorés et des hydrocarbures aromatiques polycycliques. Une pollution des eaux souterraines était également signalée sur certaines parcelles.
Six ans plus tard, le sujet serait loin d’être totalement soldé. Selon plusieurs informations recueillies par Rennes Infos Autrement, la question de la dépollution et surtout de sa prise en charge financière resterait particulièrement sensible et délicate. La DREAL demanderait que la situation environnementale du site soit traitée avant tout nouveau projet d’ampleur. Et c’est précisément là que les choses se compliqueraient.
« On est dans un imbroglio judiciaire », résume une source proche du dossier. « Tout le monde se renvoie la balle. » Car au-delà de la nature et de l’ampleur des pollutions, une question essentielle demeure : à qui incomberait financièrement leur traitement ? Entre les anciens exploitants, les propriétaires actuels, Lamotte-Mazureau, et les différentes obligations environnementales susceptibles de s’appliquer, déterminer à qui reviendrait la facture s’annonce particulièrement complexe. Et les sommes nécessaires pourraient évidemment peser lourd dans l’équilibre financier d’un éventuel projet de nouveau stade.
Un casse-tête aussi politique
Pour la municipalité rennaise, l’affaire serait d’autant plus délicate que le sujet dépasse largement le football. Accepter la construction d’un nouveau stade sur un ancien site industriel suppose de disposer de garanties environnementales solides. Dans une majorité municipale où les écologistes occupent une place importante, difficile politiquement d’imaginer que cette question puisse être traitée à la légère.
La Barre-Thomas s’inscrit par ailleurs dans une réflexion beaucoup plus large sur l’aménagement de l’ouest rennais. Le devenir des terrains, leur éventuelle vocation économique ou résidentielle, les déplacements générés par un stade et les infrastructures nécessaires constituent autant de paramètres supplémentaires à régler pour Rennes Métropole, déjà confrontée à de sérieux problèmes de mobilité urbaine.
Côté Stade Rennais, la logique est différente. La famille Pinault veut donner au club une dimension supérieure. Une enceinte moderne offrirait davantage de recettes, de spectateurs, d’espaces de réception et de visibilité. Mais entre la volonté d’investir et le premier coup de pioche, le chemin est encore long. Car au fond, le principal obstacle au nouveau stade rennais n’est peut-être ni Nathalie Appéré, ni Nicolas de Tavernost, ni même le choix entre la Barre-Thomas et le Roazhon Park. Il pourrait être beaucoup plus prosaïque : qui prendra en charge la dépollution nécessaire à la réalisation d’un tel projet ?
Tant que la situation environnementale et les responsabilités financières ne seront pas définitivement clarifiées, difficile d’imaginer un projet de cette ampleur avancer rapidement à la Barre-Thomas. Et plus le temps passe, plus une solution beaucoup moins spectaculaire pourrait finir par s’imposer : agrandir le Roazhon Park. Ce serait finalement le paradoxe de cette interminable histoire. La famille Pinault est prête à mettre de l’argent sur la table pour bâtir un nouveau stade. Mais avant de savoir combien investir dans l’enceinte, encore faudrait-il savoir qui paiera la facture de la dépollution et qui prendra enfin ses responsabilités.


