Il est un peu avant 11 heures lorsque les premiers rangs se mettent en place, ce vendredi 10 juillet, place de l’Ordre national du Mérite, à Rennes, devant la préfecture de région. Le soleil est déjà haut dans le ciel, écrasant. Les policiers ajustent une dernière fois leur casquette avant de se figer au garde-à-vous. Les uniformes sont impeccables, les chemises blanches écarlates. Sous ce véritable cagnard, les hommes du RAID impressionnent autant par leur calme que par leur lourd équipement. Revêtus de leur lourde tenue noire d’intervention, gilet balistique sur les épaules, cagoule et matériel complet, ils restent impassibles malgré une température qui dépasse largement les 30 degrés.

Autour d’eux, les autorités civiles et militaires prennent place. Le directeur du cabinet de la nouvelle préfète, Gabriel Morin, les élus, les responsables des forces de sécurité et les invités assistent à cette Journée de la Police nationale, organisée chaque année pour rendre hommage aux policiers morts en mission, soutenir les fonctionnaires blessés en service et saluer l’engagement quotidien des femmes et des hommes qui veillent sur la sécurité des Français.
Les minutes passent. Les discours s’enchaînent. Le soleil, lui, continue de frapper la place de l’Ordre national du Mérite. Les policiers restent immobiles, au garde-à-vous. Devant ces conditions éprouvantes, les organisateurs ont finalement décidé d’écourter la cérémonie en extérieur. La remise des décorations a été transférée dans les salons dorés de la préfecture d’Ille-et-Vilaine, située à quelques dizaines de mètres seulement.
« Un métier qui ressemble souvent à un sacerdoce »
Lu par Gabriel Morin, le message du ministre de l’Intérieur a constitué le fil conducteur de cette cérémonie. En cette journée d’hommage, il a rappelé ô combien «ce métier ressemble souvent à un sacerdoce et qui, pour certains de vos collègues, a revêtu la forme du sacrifice ». Depuis le début de l’année 2026, au moins cinq policiers ont perdu la vie en mission ou en service. sans compter les trente-neuf policiers décédés depuis 2021, dont les noms continuent d’être honorés dans les services de police. Pour autant, insiste-t-il, les policiers continuent d’agir « dans le cadre des lois républicaines et des règles déontologiques, toujours nécessaires, toujours proportionnées, toujours exemplaires. »
Une fois installée dans les salons de la préfecture, la cérémonie a laissé place aux décorations. Le commissaire divisionnaire Sébastien Loret, directeur zonal adjoint de la Police nationale pour la zone Ouest, a été admis dans l’Ordre national du Mérite. Après avoir dirigé, entre 2014 et 2016, les enquêtes de la sûreté urbaine d’Élancourt, où il s’illustre notamment dans la lutte contre les trafics de stupéfiants, il a rejoint le renseignement territorial dans le Calvados.
La crise des « gilets jaunes » l’a conduit ensuite au service régional du renseignement territorial de Normandie. Promu commissaire divisionnaire en 2020, il a rejoint Rennes en 2022. L’année suivante, il fut choisi pour créer l’échelon zonal du renseignement territorial avant d’être nommé, le 1er janvier 2024, directeur zonal adjoint. Dans son éloge, il est décrit comme « un cadre exemplaire », reconnu pour « son haut potentiel, sa loyauté républicaine, la sûreté de son jugement et une progression constante ».
Autre temps fort de cette cérémonie, la remise de la médaille de la Sécurité intérieure, échelon bronze, au brigadier-chef Antoine Le Faou. Le 31 octobre 2023, alors qu’il sert au sein de la brigade anticriminalité du XVe arrondissement de Paris, son équipage intervient auprès d’une femme affirmant vouloir commettre un attentat et disant porter une ceinture d’explosifs. Pendant de longues minutes, les policiers tentent le dialogue. Puis, brusquement, la femme se lève et fonce sur eux. Face à un danger immédiat, Antoine Le Faou fait usage de son arme administrative afin de neutraliser la menace. Une équipe cynophile spécialisée intervient ensuite pour procéder à une levée de doute et confirme que la suspecte ne portait finalement aucun explosif. Cette intervention vaut aujourd’hui au brigadier-chef cette distinction pour « son sang-froid, son courage et son professionnalisme ».
Au total, 27 médailles d’honneur de la Police nationale, aux échelons bronze, argent et or, ont été remises au cours de cette cérémonie. Elles récompensent des années de service, de fidélité et d’engagement au sein de l’institution. Des médailles des réservistes de la Sécurité intérieure ont été également décernées à Vincent Le Cerf, Valentin Caruel et Florian Le Digarcher, saluant leur investissement au service de la sécurité publique. Sous un soleil implacable, cette matinée aura aussi montré, très concrètement, ce que représente le service : tenir son rang, quelles que soient les conditions. Une image qui résume, à elle seule, le sens de cette Journée de la Police nationale.


