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SEUL SUR SCÈNE AU TNB : LA DANSE PARFAITE DU MAJORDOME

Ecrit par Edwin Le Rouzic
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Jouée au TNB jusqu’au 10 octobre, la pièce Le colonel des zouaves est celle de l’histoire d’un homme, Laurent Poitrenaux, qui la joue depuis vingt-trois ans. Depuis vingt-trois ans, il répète cette même gestuelle, chorégraphiée, précise, lyrique et envolée. Depuis vingt-trois ans, il déclame le même texte, seul, pendant une 1 h 30 sur scène. Il y incarne Robinson, domestique dont le désir est de servir ses maîtres à la perfection. Il y décrit tout ce qu’il fait, y élabore un maximum de stratagème pour s’améliorer, va même jusqu’à espionner ses maîtres pour atteindre le summum de cet art. 

Sur scène, Laurent Poitrenaux danse beaucoup avec le haut du corps, parle, incarne le narrateur et les autres personnages grâce à une voix spatiale trafiquée. Son corps, seul accessoire dont il se sert, est derrière un cadre en ferraille en avant-scène et un voile dans lequel il se reflète à l’arrière. Il se parle à lui-même et brise parfois le quatrième mur pour que le public rentre dans son univers.

Sur scène, les lumières s’intensifient souvent ou diminuent pour signifier un changement de situation et de lieu. Elles permettent de découvrir un majordome psychorigide, pour qui chaque détail, aussi futile soit-il, compte. “Il y a une marge d’erreur à tout calcul. On doit la diminuer jusqu’à ce que cela n’arrive qu’au hasard”, dit-il.

Parfois, le majordome devient méprisant, ne souffrant pas d’être contrarié et n’hésitant pas à grossir son travail pour le valoriser. Il considère sa mission comme exceptionnelle, salvatrice, c’est la chorégraphie du domestique parfait. Il en devient hypocondriaque dès qu’il ne peut plus servir un plat ou dès que sa main lui fait mal. Et nous, public, nous l’accompagnons dans sa folie qui le fait se transformer en soldat jouant avec ses figurines sur une maquette, comme pour mieux construire un monde qu’il façonne finalement pour lui-même.

 La performance de Laurent Poitrenaux est exceptionnelle. A lui tout seul, il tient le public en haleine, matérialise les lieux, les objets, incarne Robinson narrateur, Robinson personnage, les maîtres, les assistants, le tout sans discontinuer, dans un ballet et une diction parfaite jusqu’au salut final lui aussi, chorégraphié, où, pour la première fois, il sort de l’écran. “A 30 ans, j’avais l’énergie pour porter ce spectacle intense, physique et dense. A 53 ans, la question de l’énergie, se pose autrement”, avoue-t-il. En attendant, les cinq rappels du public confirment qu’il est toujours énergique.

A retenir : Dans la maison de ses maîtres, un majordome réfléchit à comment atteindre la perfection dans l’art ménager. Le colonel des zouaves est un roman d’Olivier Cadiot, mis en scène par Ludovic Lagarde, joué au Théâtre National de Bretagne, dans la salle Serreau. Pour en savoir plus.   

 

A propos de l'auteur

Edwin Le Rouzic

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