27.6 C
Rennes
mercredi 8 juillet 2026
AccueilActualitésquand Mammouth écrasait ses caissières !

quand Mammouth écrasait ses caissières !

Pendant dix-huit jours, en septembre 1975, le Mammouth du Centre Alma est resté bloqué derrière un spectaculaire barrage de chariots. Cinquante ans plus tard, cette grève, longtemps tombée dans l’oubli, fait l’objet d’un ouvrage de près de 400 pages publié aux éditions Goater. Chercheur indépendant et Rennais, l’historien s’est plongé pendant plusieurs années dans les archives et les témoignages des anciens salariés. « Il n’y avait jamais eu d’étude sur les grèves dans la grande distribution. C’était un angle mort de l’historiographie », explique-t-il.

Cette enquête débute avec une rencontre décisive. « La première personne que j’ai rencontrée, c’est la militante féministe Guylaine Ménage, qui, à l’époque, était caissière au Mammouth du Centre Alma et déléguée du personnel CFDT. C’est par elle que l’aventure a commencé. » Grâce à elle, l’historien recueille les témoignages d’autres acteurs du mouvement, notamment celui de Loïc Richard, cofondateur de la section syndicale CFDT dès l’ouverture du magasin en 1971. À ces récits s’ajoutent les archives de l’inspection du travail et des documents rares, comme deux lettres adressées par le directeur à l’ensemble du personnel quelques mois avant le conflit. « J’ai cherché à répondre à trois questions : qui sont les protagonistes, pourquoi une minorité du personnel décide de bloquer le magasin avec un barrage de caddies monumental, et comment cette minorité de salariés insubordonnés organise son action. »

Guylaine Ménage va essayer d’élever la conscience de genre de ses collègues. »

Pour l’auteur, la grève trouve son origine dans l’arrivée d’un nouveau et jeune directeur au début de l’année 1975. « Il arrive le 1er janvier. Neuf mois plus tard, la grève débute. Il y a vraiment un lien de causalité entre sa façon de manager et la grève avec blocage du magasin. » À travers son récit, Hugo Melchior décrit un « management despotique », marqué par « le nihilisme et le déni pervers ». « Le responsable considère qu’avec ses salariés, il peut tout se permettre, même si c’est illégal, même si ça génère de la souffrance. Pourtant, il fut alerté à maintes reprises sur son management par la peur, par la terreur. »

Derrière les raisons d’une colère, cet ouvrage accorde une place centrale aux femmes, qui représentent alors près de 75 % des 280 salariés du Mammouth. «C’est une entreprise mixte à hégémonie féminine. La grève est aussi le reflet de cette sociologie. » En filigrane, l’auteur montre comment Guylaine Ménage tente de faire entendre une parole féministe au sein même du mouvement. Elle refuse une «division sexuée» des tâches. Elle met en avant des revendications propres aux salariées, entre garde des enfants, articulation entre vie familiale et professionnelle ou pression de certains maris hostiles à leur engagement. « A cette époque, les femmes ne pouvaient pas forcément se mobiliser avec la même latitude que leurs homologues masculins », souligne-t-il.

Mais incontestablement, ce mouvement fut populaire. Il avait la volonté de s’adresser directement aux habitants. « Le maire Edmond Hervé était même venu dormir une nuit au Centre Alma pour exprimer sa solidarité avec les grévistes.» Pendant leur grève, les grévistes n’occupent pas le magasin, mais elles bloquent l’accès à la clientèle avec un barrage de caddies, distribuent des tracts et installent des affiches pour expliquer leurs revendications. Une manifestation est même organisée dans la ZUP Sud, plutôt que dans le centre-ville. « Il y a une stratégie de popularisation, de médiatisation de cette grève. » Cinq jours après le début du mouvement, le Printemps du Centre Alma entre même à son tour dans le conflit. « Les deux piliers du Centre Alma sont en grève, donc forcément ça se remarque », résume l’historien.

Si cette étude éclaire un épisode méconnu de l’histoire rennaise, elle dialogue aussi avec le présent. Dans le dernier chapitre, Hugo Melchior s’intéresse aux conditions de travail actuelles dans la grande distribution et donne la parole à des représentants syndicaux d’aujourd’hui. Pour lui, le message de 1975 reste étonnamment actuel. « Au départ, c’est vraiment une grève de la dignité. C’est la question du respect,Cette grève a voulu poser une limite. » Cinquante ans plus tard, le barrage de caddies du Centre Alma continue ainsi d’interroger notre rapport au travail et au management. Hugo Melchior, Les Caddies de la colère, éditions Goater. 

 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

// Dernières nouvelles publiées

Deux hectares de champs détruits par un incendie à Saint-Thurial

Un nouvel incendie s'est déclaré en Ille-et-Vilaine. Ce mardi 7 juillet, vers 19 heures, un feu a ravagé un champ à Saint-Thurial. Malgré l'intervention...
- Advertisement -
- Advertisement -

// Ces articles peuvent vous intéresser