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Procès Lafi : « Ce n’est pas un crime d’amour, c’est un crime d’amour-propre »

Ce mercredi 16 septembre, au Parlement de Bretagne, s’est tenu le troisième et dernier jour du procès de Radhouane Lafi. Il était accusé d’avoir tué, à Pont-Péan, sa femme, Catherine Vincent, par strangulation manuelle, puis à l’aide d’un câble électrique. La cour d’assises d’Ille-et-Vilaine a aujourd’hui entendu les réquisitions du ministère public, puis la plaidoirie de l’avocate de la défense, Me Marine Gravis.

Dans cette affaire, rien ne présageait pourtant le pire. Il n’y avait pas eu de violences conjugales avérées pendant les sept années de vie commune du couple, de 2014 à 2021. « La première trace est un certificat médical de Catherine Vincent en 2021. Elle avait reçu un téléphone au visage », rappelle l’avocat général, Jean-Marie Blin. Mais après leur séparation, tout devient difficile. « Elle a perdu sa mère, elle n’a pas de logement, elle est sans argent et elle est toujours amoureuse de ce beau jeune homme. C’est cet isolement qui l’a ramenée vers Radhouane Lafi », estime l’avocat général.

« Il n’y a pas une once de responsabilité de la part de Catherine Vincent dans ce terrible meurtre », affirme l’avocat général.

Entre le 7 et le 21 janvier 2023, jour du meurtre, les deux ex-compagnons se sont contactés à 211 reprises. Pour l’avocat général, ces échanges montrent que Catherine Vincent espérait encore une nouvelle vie avec celui qu’elle avait tant aimé. « Ce meurtre a été commis avec une intention de tuer, ce n’était pas un excès de colère », a affirmé Jean-Marie Blin. « Catherine Vincent a été retrouvée avec des marques et des ecchymoses sur tout le corps. Elle s’est débattue ! Elle s’est défendue et il a fallu s’y prendre à deux fois ! », insiste-t-il, la voix forte. Puis, poursuivant ses réquisitions, il s’est interrogé sur l’attitude de l’accusé. « A-t-il pris en compte la souffrance de la victime ? Non. Il est resté centré sur le tort que lui a fait Catherine Vincent. Il voulait qu’elle retire une plainte déposée à La Gacilly. »

Devant l’horreur des faits, l’avocat général a requis 22 ans de réclusion criminelle, assortis d’une période de sûreté des deux tiers. Il a notamment demandé une interdiction définitive du territoire français et un suivi socio-judiciaire pendant cinq ans. Face à la cour, l’avocate de la défense, Marine Gravis, développe une autre lecture du passage à l’acte. Elle insiste notamment sur l’altération des facultés mentales de son client, relevée par les expertises. « Ses capacités de contrôle et de maîtrise étaient profondément perturbées », rappelle-t-elle. Au passage, elle pointe la position de Catherine Vincent, reprochant à son ex-conjoint de s’être marié pour obtenir des papiers. « Ses émotions l’ont dépassé, il a été submergé par ses angoisses », plaide Marine Gravis.

« Ce n’est pas un crime d’amour, c’est un crime d’amour-propre », conclut l’avocat général.

À la barre, l’avocate conteste l’existence d’une emprise et d’un contrôle coercitif dénoncés par l’avocat général. « Elle allait et venait au domicile de sa mère comme elle voulait. Bien avant qu’ils se rencontrent, elle ne travaillait déjà plus, ils avaient deux comptes séparés », souligne-t-elle. Pour l’avocate, le parcours de son client doit aussi être pris en compte. « Au moment de la séparation en 2021, il a perdu 10 kg. En détention, il a fait quatre tentatives de suicide. Il a une personnalité borderline impulsive et, à défaut de pouvoir gérer ses angoisses, il a commis le pire. » Marine Gravis décrit au passage un homme qui, en détention, a tenté de se reconstruire. « Il a trouvé un emploi. Il s’est mis au sport et à lire. Mais petit à petit, ce fut une descente aux enfers, il a perdu pied, il est aujourd’hui seul. »

Pour elle, l’altération des facultés mentales doit être prise en compte dans la peine. « La justice doit faire la différence entre celui qui agit avec ses pleines capacités et celui qui n’en dispose pas. » Après les réquisitions et la plaidoirie, Radhouane Lafi s’est levé une dernière fois devant la cour. « Je vous demande de me pardonner. Ces mots ne suffisent pas, mais je demande des excuses quand même », dit-il. « Je ne suis pas bien. J’ai tout perdu et j’ai surtout perdu quelqu’un que j’aimais. Ça fait mal au cœur pour sa famille », poursuit-il, avant d’évoquer ses propres parents : « Mon père a 80 ans, ma mère 76 ans et je ne peux même pas les voir. »

Après trois jours de procès, la Cour d’assises d’Ille-et-Vilaine a condamné Radhouane Lafi à 22 ans de réclusion criminelle, assortis d’une période de sûreté des deux tiers.

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