Ce matin-là, au café du coin, les conversations à bâtons rompus vont bon train. Au bout du comptoir, on parle de la neige, de la fin de l’année, de ce Noël qui approche à grands pas. Les habitués commentent l’actualité, plaisantent sur le budget et refont le monde, loin des réseaux sociaux. Entre deux commandes, la serveuse, charmante au demeurant, glisse son grain de sel. « A Noël, je n’offre des cadeaux que pour mon fils », lance-t-elle simplement.
Les tasses restent suspendues, les regards se tournent vers elle. « Il vient de naître », précise-t-elle. Puis elle ajoute, comme une évidence. «Pour les autres, ma famille a choisi une pêche à la ligne avec des objets que l’on n’utilise plus, ou dont on n’a plus vraiment besoin. Chacun attrape un paquet au hasard. Le reste se joue au petit bonheur la chance.»
Entre deux rasades de café, l’idée fait sourire. Mais elle fait l’unanimité entre les habitués. «Dans ce Noël-là, il n’est plus question de quantité ni de prix, mais d’intention. Les objets changent de mains, retrouvent ainsi une seconde vie», convient le plus philosophe. Un livre de James Joyce déjà lu devient une découverte. Une écharpe en laine oubliée reprend du service. Un objet banal se charge soudain d’une histoire nouvelle.
À travers ces gestes simples, Noël retrouve son esprit d’antan où une orange faisait le bonheur des enfants. Il devient moins consumériste. Il laisse de la place à l’imprévu, au sourire qui naît quand on n’attend rien de précis. Comme au café du coin, ce matin-là, où une phrase lancée entre deux tasses a suffi à rappeler que l’esprit de Noël tient parfois à peu de choses.


