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samedi 6 décembre 2025
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Plus de cent ans plus tard, le nom de son aïeul sera inscrit sur le monument aux morts

Stéphanie Chedemail n’a jamais connu son arrière-grand-père, François Leray, décédé en 1927, bien avant sa naissance. Mais elle lui a rendu une place, un nom, une reconnaissance. Désormais, le patronyme de son aïeul est inscrit sur le monument aux morts de Martigné-Ferchaud. « C’est le réhabiliter, lui faire honneur ! Il n’est pas mort pour rien », dit-elle simplement.

D’une voix sans pathos, Stéphanie raconte l’histoire de son ancêtre (qui est aujourd’hui un peu la sienne). « Tout a commencé par hasard, au détour d’une recherche familiale », explique cette passionnée de généalogie. « En parcourant les registres, je suis tombée sur l’acte de décès de mon arrière-grand-père, sur lequel figure une mention discrète en marge : Mort pour la France. »

François Leray était menuisier à Martigné-Ferchaud, né en 1887, marié à Augustine Bachelot et père de cinq enfants. En février 1915, il rejoint le 70ᵉ régiment d’infanterie de Vitré avant d’être transféré au 2ᵉ régiment d’infanterie de Granville. « Il passe quatre mois au 70ᵉ, puis il est envoyé dans l’Artois, sous les tirs ennemais », raconte Stéphanie. En feuilletant les documents rassemblés par son oncle, Éric Lodé – qui a lui aussi contribué à faire revivre cette mémoire – elle découvre le glorieux passé de François Leray.

Gazé pendant la Grande Guerre, François survit aux tranchées, mais non aux terribles séquelles. Dix ans plus tard, à quarante ans, il meurt à Martigné-Ferchaud, « des suites de ses blessures ». Il sera reconnu mort pour la France en 1942. « Sa femme ne lui survivra pas », assure Stéphanie. « Mon arrière-grand-mère est décédée deux ans après lui, de chagrin, disait-on. Cinq enfants se sont retrouvés orphelins et pupilles de la nation», murmure Stéphanie.

Animée d’un sentiment de devoir, Stéphanie entame une enquête pour connaître la vérité : le nom de son arrière-grand-père est-il inscrit sur le monument ? Elle consulte les archives communales, les registres militaires : rien. « Je vais sur Martigné-Ferchaud, puis sur Retiers : rien. Même sur Mémoire des hommes, je ne le trouve pas. Alors, j’écris à l’Union nationale des anciens combattants », explique-t-elle.

Faute d’inscriptions, la Rennaise décide de tout reprendre à zéro, d’écrire, de téléphoner, de prouver aux autorités leur négligence. Avec patience et méthode, elle réunit les documents nécessaires : l’acte de décès, la fiche matricule, les correspondances. « On m’a dit qu’il fallait tout ! Alors j’ai tout fourni. » Aidée par le Souvenir français et par le commandant Pascal Bergson, elle parvient à convaincre la mairie de Martigné-Ferchaud d’inscrire enfin le nom de son aïeul. Le 16 novembre, François Leray rejoindra, officiellement, la liste des enfants du pays morts pour la France, sur le monument aux morts

Ce jour-là, la famille de Stéphanie sera réunie en mémoire de leur ancêtre. « Il y aura mon oncle, mes sœurs, mes cousins… Une quinzaine en tout », confie Stéphanie. Cette cérémonie commencera par un défilé jusqu’au cimetière, puis viendront les discours, la sonnerie aux morts, la minute de silence et le dévoilement du nom sur le Monument. Stéphanie déposera elle-même un bouquet sur la tombe.

Pour Stéphanie, cette quête ne doit pas s’arrêter là. « Comme il a fait Verdun, je vais lui demander la croix de Verdun. Et tant qu’à faire, pour mon autre arrière-grand-père aussi. » Derrière son sourire enjoué, on devine que Stéphanie ira jusqu’au bout. « Ce n’est pas la première fois que je plonge dans des archives : la généalogie est pour moi une passion. Moi, j’adore chercher, fouiller, retrouver ce que les autres ont oublié. »

De cette aventure, Stéphanie en tire sans doute un sentiment du devoir accompli. « Même si je ne l’ai pas connu, je fais quelque chose de bien pour lui. » Ce que le temps avait effacé, elle l’a restauré sobrement. « Mon arrière-grand-père était très manuel, il dessinait, il jouait du violon… C’était un type talentueux. » Le 16 novembre, François Leray ne sera plus un soldat anonyme. Grâce à son arrière-petite-fille, il aura retrouvé sa place dans l’histoire, et sans doute dans la mémoire des siens.

jean-christophe collet
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Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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