Après l’épisode neigeux qui a touché Rennes et sa région ces derniers jours, de nombreux automobilistes se sont retrouvés en difficulté sur les routes du département. Pilote instructeur et formateur automobile, Steven Le Lann revient sur son parcours et livre ses conseils pour comprendre ce qui s’est passé et comment réagir dans ce type de conditions météos. Il travailla pendant sept ans en Suède, comme instructeur-pilote sur glace.
Qui êtes-vous et quel est votre parcours ?
Je suis pilote instructeur. Je viens du sport automobile. J’ai fait du rallye cross et beaucoup de rallye. J’étais amateur, mais avec un très bon niveau (champion de France des co-pilotes en 2003-2004). Pour pouvoir enseigner, j’ai passé le BPJEPS (Brevet Professionnel Jeunesse, Éducation Populaire et Sport). C’est un diplôme de moniteur de sport, avec un tronc commun identique à celui d’un prof de golf, de tennis ou d’haltérophilie, puis une spécialisation. Moi, c’est le sport automobile.
Pourquoi avoir choisi l’enseignement et que faites-vous aujourd’hui ?
À la base, il y a la passion de l’automobile, du sport mécanique, de la course, et surtout de la maîtrise d’un véhicule. Ensuite, il y a les rencontres professionnelles au fil du parcours.
Aujourd’hui, c’est mon métier principal. Je suis à la tête de Zé Racing Driving. En parallèle, je fais aussi de la formation métier et produit dans l’automobile. Je travaille pour des sociétés de formation qui interviennent pour des marques comme Audi, Volkswagen ou Renault.
Concrètement, je forme des vendeurs et des chefs des ventes. J’ai aussi participé à des lancements de modèles Renault, avec toute la formation technique pour qu’ils puissent expliquer les véhicules aux clients. J’ai également travaillé en rallycross, notamment avec Jérôme Grosset-Jamain sur sa campagne de championnat du monde en 2018, avec Hervé Knapick, et j’ai été instructeur Porsche au Porsche Experience Center du Mans.
Avec la neige, quel est votre premier conseil aux automobilistes ?
Je vais être très pragmatique : le premier conseil, c’est de ne pas prendre sa voiture ! Le problème, en Bretagne, c’est que les véhicules ne sont pas équipés pour rouler sur la neige. On roule quasiment tous en pneus été. Or un pneu été n’a pas d’adhérence sur la neige ou le verglas. La gomme est trop dure, le dessin n’est pas prévu pour offrir de l’adhérence. Pour imager, c’est comme marcher sur une fine couche de neige avec des baskets à semelle plastique : ça glisse!
L’équipement est donc la clé ?
Oui, clairement. Idéalement, il faut des pneus hiver. À défaut, des pneus 4 saisons, et ça changerait énormément de choses. Il faut aussi savoir qu’un pneu été perd plus de 60 % de son efficacité quand la température descend en dessous de 7 degrés, même sans neige.
Si on n’a pas le choix et qu’on doit rouler, quelle est la règle de base ?
Il faut anticiper énormément. Et l’anticipation commence par le regard. Il faut regarder très loin pour se donner du temps. Sur la neige, la voiture réagit beaucoup plus lentement que sur l’asphalte. Un freinage peut sembler ne rien produire pendant deux ou trois secondes avant que la voiture commence à ralentir. À 30 km/h, trois secondes, c’est énorme.
Comment faut-il freiner dans ces conditions ?
Avec une extrême douceur. Au lieu de mettre deux kilos de pression sur la pédale, vous mettez 500 grammes. Vous posez le pied, vous attendez, et vous laissez le pneumatique trouver un peu d’adhérence. Si on freine trop fort, on déclenche l’ABS, la pédale vibre, on sature le train avant, et la voiture peut continuer tout droit malgré le volant.
Et quand la voiture patine ou commence à glisser ?
il ne faut pas rajouter de pression sur le frein….L’idéal, c’est d’essayer de remettre les roues droites dans l’axe du véhicule. Un pneumatique travaille toujours mieux quand il est droit. Plus on braque, plus on perd ce qu’il reste d’adhérence.
Quelles précautions en montée et en descente ?
En descente, le frein moteur peut aider, mais avec une vitesse déjà très faible. En montée, c’est souvent prendre un peu d’élan avant, sans excès, et rester très doux sur toutes les commandes. En revanche, quand ça commence à devenir compliqué, je conseille un léger mouvement de volant de gauche à droite. Très très léger, très souple pour que votre pneumatique adhère bien plus au sol.
la problématique, c’est que les gens, en général, mettent de la pression sur le frein et se retrouvent dans une phase de blocage. Et quand on bloque les roues, cela a un effet luge !
Les voitures hybrides ou lourdes sont-elles plus en difficulté ?
La régénération donne la sensation d’un gros frein moteur, mais ce n’est pas le vrai problème. Le vrai problème, c’est le poids. Les hybrides et les électriques sont beaucoup plus lourdes, et sur faible adhérence, le poids est un facteur aggravant majeur. À l’inverse, une voiture légère s’en sort souvent beaucoup mieux. Mais tout le monde ne peut pas rouler en Fiat panda 4×4 !
Quel équipement peut vraiment faire la différence en Bretagne ?
Des pneus 4 saisons, clairement ou mieux une paire de chaussettes neige dans le coffre. C’est moins cher que des chaînes, plus simple à monter, et ça peut vraiment dépanner.
Votre avis sur la gestion des transports publics pendant l’épisode neigeux à Rennes ?
Pour moi, c’est une honte pour un service public. On a transféré la responsabilité sur les parents. En laissant des enfants en rade, on a poussé des gens à reprendre la route sans équipement. Ça aurait dû être anticipé. Dans les pays nordiques, il neige aussi, mais il ne se passe rien. C’est une question de préparation. Pour tous renseignements. 06 42 68 88 92.



