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vendredi 13 février 2026
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Municipales 2026 : Rennes Solidaire, un programme de consolidation plus que de projection

Avec Rennes Solidaire, la maire sortante Nathalie Appéré et sa majorité socialiste-écologiste proposent un programme dense, populaire et durable pour les prochaines municipales. Ils assument pleinement la continuité d’un modèle rennais ancien, éprouvé et revendiqué, en l’absence de nouveaux horizons clairement dessinés pour l’avenir de la capitale bretonne.

gestion et optimisation

À la lecture du programme, présenté lors d’un grand meeting à l’Étage ce lundi, les observateurs avertis sont surpris par l’absence de grands projets structurants, contrairement à ceux avancés par certains rivaux. Il n’y a pas de promesses d’infrastructures majeures comparables à celles qui ont profondément transformé Rennes ces dernières décennies, comme les deux lignes de métro ou encore le réseau de transports largement repensé. Ici, il est davantage question de gestion, d’optimisation et de consolidation que d’un récit d’avenir mobilisateur.

Rennes Solidaire s’inscrit pleinement dans la continuité de près d’un demi-siècle de socialisme municipal. Le programme entend respecter les concepts défendus depuis des années, comme celui de la « ville archipel ». Il approfondit l’existant sans chercher à le réinventer vraiment. Dans une forme d’immobilisme doctrinal, la seule évolution notable par rapport aux grands cadres fixés jadis par les équipes d’Edmond Hervé ou de Daniel Delaveau réside dans la volonté de « faire durable », de mieux respecter l’environnement. Ce qui, en soi, reste essentiel et, somme toute, fort logique.

La défense des plus pauvres

Là où le projet apparaît le plus solide, c’est sur le terrain social. La gauche modérée revient à ses fondamentaux. Elle entend défendre l’enfance, la jeunesse, les familles monoparentales, les personnes âgées et les personnes en situation de handicap. Bref, elle souhaite soutenir les laissés-pour-compte. Dans la droite ligne du socialisme municipal, la majorité revendique un modèle social protecteur, capable d’amortir les chocs nationaux et internationaux. Nathalie Appéré souhaite maintenir les subventions aux associations, renforcer les services publics de proximité et multiplier les dispositifs solidaires, comme la création de restaurants seniors.

L’ossature du programme reste fidèle à ce qui fait la singularité rennaise : le social. On notera notamment la création d’un guichet unique pour les jeunes, la gratuité des transports pour les étudiants boursiers ou encore la priorité donnée à la santé mentale et physique dès le plus jeune âge. Côté santé, la maire sortante annonce le maintien d’activités de soins sur le site de l’Hôpital Sud après l’ouverture du nouveau CHU, ainsi que la création d’un pôle de santé de quartier. Une mutuelle municipale est également promise, rejoignant une tendance déjà engagée dans de nombreuses communes françaises. Dans le domaine du logement, Rennes Solidaire s’inscrit dans la continuité : 500 logements sociaux par an, 300 logements à loyers réduits et 600 logements en bail réel solidaire. Le programme prévoit également, sous réserve de l’accord de l’État, le plafonnement des loyers privés et la réquisition des immeubles durablement vacants.

Un virage sécuritaire

Mais à l’heure du narcotrafic, Nathalie Appéré est contrainte d’accorder une place notable à la sécurité. Forcée par une ville gangrenée par des fusillades et des règlements de comptes, elle change son fusil d’épaule. Elle prévoit le recrutement de 60 policiers municipaux supplémentaires, la création d’une police métropolitaine des transports et le déploiement de 80 nouvelles caméras de vidéoprotection. Certains lui reprocheront toutefois ce vote-face de bon aloi, à l’approche des élections.

Sans renier son discours historique, parfois jugé angélique, sur la prévention et la médiation, la majorité municipale opère un tournant pragmatique, en réponse aux préoccupations d’une partie des habitants des quartiers. Ce changement de cap en surprendra plus d’un et pourrait gêner son aile gauche, même si certaines questions restent absentes du débat, comme celle de l’armement ou de la doctrine d’intervention.

Sur le plan économique, le programme reste étonnamment discret. Loin d’une orientation libérale, il mise sur l’économie sociale et solidaire, les filières d’avenir (énergie, cybersécurité, intelligence artificielle « souveraine et sobre », mobilités durables, aérospatial) et un troisième plan emploi dans les quartiers populaires. Peu d’éléments sont avancés sur la capacité de Rennes à attirer des entreprises ou à se positionner dans la concurrence entre métropoles. L’économie apparaît comme un sujet secondaire, presque périphérique.

Adieu donc les grandes ambitions affichées lors d’une grand-messe organisée au couvent des Jacobins en février 2018. Ce jour-là, Emmanuel Couet évoquait devant 300 chefs d’entreprise une « alliance » entre collectivités publiques et entreprises. Il se voyait alors en super VRP « des marques Rennes Métropole et Bretagne ». « Rennes réalise son coming out, ajoutait Nathalie Appéré. On a souvent été perçus comme une ville timide, timorée, minérale. Je veux qu’on change ce regard. » La méthode Couet n’a depuis plus fait florès, et le site internet rennesbusiness.com, lancé à grands frais, n’est plus…

Très pratiqué par les Rennais, le sport est bien présent dans le programme à travers la rénovation d’équipements et le soutien à la pratique, mais il n’est jamais pensé comme un levier de rayonnement. Le stade du SRFC, pourtant central dans l’identité locale, est à peine évoqué. Même constat côté culture. Le programme privilégie la proximité, les équipements de quartier et les pratiques amateurs. En revanche, la question de l’accueil de grands événements culturels ou du développement de grandes salles, comme le Zénith, reste largement absente. Là encore, l’heure est à la modération. Ce programme semble ainsi acter la fin des grands récits urbains et miser avant tout sur la gestion, la redistribution et la cohésion. Reste à savoir si cette absence de grands projets et de remise en question idéologique sera perçue comme une preuve de maturité… ou comme un manque d’ambition, dans une ville qui a longtemps bâti son image sur l’innovation et l’audace. Le fameux vivre en intelligence. 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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