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mardi 28 avril 2026
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personnalités oubliées rennaises : Louis Garin, peintre décorateur

Au siècle dernier, Rennes voit s’épanouir deux figures majeures du décor mural : Mathurin Méheut, qui peint pour l’Institut de géologie, et Jean-Julien Lemordant, auteur du flamboyant plafond de l’opéra. Mais dans leur sillage, un nom reste injustement dans l’ombre : Louis Garin. Cet artiste discret, peu connu du grand public, a parsemé de ses œuvres les murs de Bretagne comme autant de chapitres d’un livre oublié.

Né à Rennes en 1888, issu d’un milieu modeste, Louis Garin débute sa vie professionnelle aux côtés de son père à la Compagnie des chemins de fer. Mais dès qu’il le peut, Louis peint la nuit, les week-ends, pendant ses congés. Dans les années 1920, il laisse sa première empreinte dans sa ville natale. À l’hôtel Du Guesclin, il peint des scènes de pardons et de danses bretonnes.

Ce sont les Beaux-Arts du soir qui affûtent son trait, mais c’est surtout la Bretagne qui le révèle.

À quelques rues de là, au siège du journal L’Ouest-Éclair, l’artiste signe plus tard un décor spectaculaire pour la salle des dépêches. Le journal s’enthousiasme dans son édition du 29 juillet 1924. « Le plafond de notre salle des dépêches constitue bien un tour de force et l’on conviendra que cette œuvre classe d’emblée Louis Garin au premier rang des décorateurs intelligents et ingénieux. Il n’était pas facile, en effet, d’insérer dans les multiples alvéoles, qui forment le plafond, des panneaux décoratifs. Louis Garin, avec les ressources de son imagination heureuse et de sa science profonde, y a magistralement réussi. »

Son art est rigoureux, mais jamais figé. Louis Garin aime la vie populaire, les processions, les ports et les pardons. Dans ses scènes de genre, il excelle et l’on sent l’observation tendre, le souci de vérité, et un certain lyrisme sans emphase. En 1935, l’abbé Mouézy, curé de Sainte-Thérèse, lui confie un projet monumental : décorer la tour centrale de la nouvelle église. L’Ouest-Éclair s’enthousiasme encore dans son édition du 19 janvier 1935.  « Monsieur l’abbé Mouézy a chargé le peintre Louis Garin de réaliser de grandes et belles fresques, retraçant la vie de sainte Thérèse de Lisieux. Ces fresques qui ne mesureront pas moins de 6 m de base sur 4 m 15 de haut seront marouflées sur les faces intérieures d’une tour centrale carrée de 12 m de côté. »

Un artisan de la couleur, au service de la Bretagne.

Le résultat est saisissant. On y suit, grandeur nature, les épisodes marquants de la vie de la sainte : sa guérison, son entrevue avec le pape, sa vie recluse au Carmel… et bien sûr, la célèbre pluie de roses. Ce chantier marque un tournant : Louis Garin quitte définitivement les rails pour la peinture à temps plein. Dès lors, les commandes affluent de toute la Bretagne. Il peint des fresques religieuses dans les chapelles de campagne, décors muraux dans les restaurants.  Il participe aussi à la décoration du paquebot Normandie, conçoit le pavillon breton de l’Exposition universelle de 1937, et collabore avec les faïenceries de Quimper et de Sarreguemines.

Il exposé même à Paris, à la galerie Bernheim.

Pendant la guerre, Louis Garin se réfugie à Landavran, où il continue de peindre, notamment deux toiles pour l’église locale. Il finira sa vie au Val d’Izé, en 1959, laissant derrière lui une œuvre omniprésente dans le paysage breton. Son nom, longtemps effacé, revient aujourd’hui peu à peu dans la lumière. Une rue de Rennes le rappelle à la mémoire collective. Fidèle à sa Bretagne, Louis Garin n’aura jamais peint pour la postérité : il a peint pour le peuple, pour le quotidien, pour la beauté simple des choses vraies.

Louis Garin, dans Ouest-Eclair et devant une de ses oeuvres de l’église Sainte-Thérèse.
Les fresques de Sainte-Thérèse.

Jean-Christophe COLLET
Jean-Christophe COLLET
J-C Collet est journaliste et auteur (Lieux romantiques à Paris, Bretagne Chic, On dit qu'en Bretagne, Bretagne pas chère, Livre blanc sur le Nucléaire...).

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