Ils sont une dizaine, ce soir-là, dans le square de la Motte, en plein cœur de Rennes. Face à l’ancienne préfecture, les chiens s’ébattent tant bien que mal. Ils se reniflent, jouent, se chicanent parfois, mais aucun ne mord son congénère. Tous sont attachés, comme l’impose la mairie. « Sinon, on risque une amende », explique la Rennaise Aricia Hermann. Comme les autres maîtres, elle ne comprend pas le manque d’espaces adaptés en centre-ville. « Il y a bien un corridor pour les chiens au parc du Thabor », confie son amie, Louise. « Mais il est au milieu de vignes, et le raisin est toxique pour eux. »

Faute de mieux, les propriétaires se retrouvent ici, dans ce square qu’ils ont peu à peu investi au fil du temps. Certains lui donnent des surnoms, plus ou moins sérieux (petapark), mais tous s’accordent sur l’essentiel. Ce point de rendez-vous est devenu indispensable, voire essentiel. « Cela fait des années que les gens viennent ici », raconte Thibaut. « On s’adapte, on fait attention aux autres, et les chiens sont sociables. »
Le lieu n’a rien d’officiel, mais il fonctionne. Ici, les propriétaires se connaissent, organisent les rencontres, et veillent à la cohabitation avec les autres usagers. Certes, les alternatives de rassemblement existent pourtant ailleurs dans la ville, mais elles ne convainquent pas. « Les prairies Saint-Martin, c’est bien », reconnaît Karine. « Mais c’est à 15 ou 20 minutes à pied. Quand on n’a qu’une demi-heure à midi, ce n’est pas possible.» Au passage, beaucoup rappellent que leurs chiens doivent sortir plusieurs fois par jour. «Trois fois pour le mien, ce n’est pas possible d’aller aussi loin», précise Thibaut.

Depuis quelques mois, la situation s’est tendue avec le renforcement des contrôles. «Il y a eu encore un passage cette semaine», indique Karine. «Pour l’instant, ils sont dans la prévention, mais ils annoncent des contrôles réguliers.» Résultat, les chiens restent attachés, souvent en longe. Mais cette contrainte est jugée inadaptée par beaucoup de maîtres. «Les laisses s’emmêlent, et cela peut devenir dangereux pour eux et pour nous», souligne-t-elle. «Une bagarre de chiens en laisse, c’est le pire.»
Un chien attaché peut être plus tendu qu’un chien libre», assure Nicolas
Au cœur des échanges, le bien-être animal revient sans cesse. «Les chiens ont besoin de se retrouver, de jouer, de se dépenser », insiste Aricia Hermann. « Ils sont sociabilisés,», ajoute Rosemary Girard. Bien sûr, certains comportements animaliers posent problème, mais ils seraient jugés minoritaires. « Il y a des maîtres qui n’éduquent pas leurs chiens », admet Karine, « mais tout le monde en pâtit. »
Depuis quelques temps, le groupe s’est structuré, sans nom officiel. Une pétition a recueilli plus de 100 signatures. Des échanges ont même eu lieu avec des élus avant les municipales. Depuis, ils attendent une réponse. «On nous a promis un rendez-vous, mais on n’a pas de retour», explique Aricia Hermann. Leur demande est pourtant simple. « Nous souhaitons un espace partagé, pas forcément clos, où les chiens pourraient être lâchés en centre-ville, comme aux prairies Saint-Martin. On est prêts à discuter, même sur des horaires », précise Karine.
En attendant, les habitudes continuent, entre adaptation et frustration. «Cette menace d’amende, c’est une épée de Damoclès», lâche Nicolas. Dans le square, les chiens indifférents poursuivent leurs jeux, les laisses se croisent encore et encore les maîtres surveillent. «On demande juste un peu de tolérance et des espaces », conclut Aricia Hermann. «Et la possibilité de vivre ensemble, simplement.»


