La nouvelle exposition du Musée des quais aurait pu s’intituler La genèse des Beaux-Arts. Elle s’appelle La Jeunesse des Beaux-Arts. Peu importe, au fond. Cet événement — car il s’agit bien d’un événement, au sens simple et presque ancien du terme — donne un rendez-vous avec la ville elle-même. Tout Rennais qui aime Rennes, ses rues, ses détours et ses lenteurs, devrait y entrer comme on entre chez soi au Parlement de Bretagne ou encore à la cathédrale.
Cette exposition retrace les débuts du musée et de l’école municipale des Beaux-Arts, de 1794 à 1881. Elle offre l’impression trompeuse de flâner dans les musées-ateliers parisiens, ceux de Delacroix ou de Gustave Moreau. Trompeuse, car ici rien n’est parisien. Au fil du parcours surgissent des noms rennais que l’histoire a rangés trop vite dans ses tiroirs : Charles François Bouttier, François Hoffmann, Aristide Paillard, Toussaint François Fourgon, François Gaspard Aimé Lanno.
Dans les temps passés, ces Rennais peignaient, sculptaient, observaient les visages familiers d’un Rennes ancien : Paul Féval, Bertrand Robidou ou encore Louis Hamon. Ceux-là, encore, représentaient les paysages de la capitale bretonne au temps de Victor Hugo, de Charles Baudelaire : une maison branlante, la maison Saint-Cyr, le palais Saint-Georges. Tout autant talentueux que leurs compères parisiens, ils décrivaient et embellissaient une ville en chantier où la misère sociale ne troublait à peine la riche bourgeoisie.
Ici où là, on découvre les balbutiements d’une politique culturelle. On apprend aussi, presque sans s’en rendre compte, l’errance du Musée des Beaux-Arts lui-même du palais Saint-Melaine à l’hôtel de ville, puis à une vieille chapelle derrière l’église Toussaints. Deux œuvres, enfin, viennent rappeler que Rennes ne fut jamais une province timide. Le haut-relief Mucius Scævola devant Porsenna de François Lanno, premier Rennais à décrocher le Prix de Rome, impose sa rigueur et son ambition. Tandis que le Portrait de Marie Jamet d’Alexandre Cabanel, montré pour la première fois au public, surprend par sa délicatesse. Il dit l’attention d’un grand maître pour la Bretagne, et le soin patient du musée qui l’a restauré, étudié, révélé. On ressort de l’exposition d’un pas léger, et surtout, avec cette fierté d’être un peu plus Rennais. La Jeunesse des Beaux-Arts jusqu’au 29 mars 2026. Du mardi au dimanche : 10 h – 18 h. Fermé lundi et jours fériés. Site Quai Zola, 20, quai Émile-Zola 35000 Rennes.


