Un monde fou, du soleil et des bateaux qui font lever les yeux. À Saint-Malo, les quais de la Route du Rhum débordaient de visiteurs, ce jeudi. Sous les alizés corsaires, on avançait doucement, on cherchait le meilleur angle pour la photo, on tentait d’approcher les géants des mers. Dans la foule, les petites phrases racontaient aussi le spectacle. Celui d’une course qui commence, pour beaucoup, au bord des bassins.
« Quand tu penses qu’il n’y a qu’un bonhomme tout seul», dit un garçonnet à son père. Devant les Ultimes, la remarque fuse mais elle résume assez bien la stupéfaction, voire l’étonnement. Devant le fiston avec son bob, les coques sont immenses, les bras de liaison impressionnants et les mâts semblent ne jamais finir ! Assurément, ces bateaux en imposent. Ils ont un succès fou. A tel point que, pour les admirer, il faut parfois jeter un oeil entre deux épaules.
Sous le ciel azur, la foule remplit les allées et les contre-allées. Elle se faufile entre les tentes blanches et les bassins. « Vous souhaitez passer, monsieur ? », râle un promeneur. Ici ou la, on se décale comme on peut pour souhaiter bonne route aux hommes pressés. Dans ce Barnum à ciel ouvert, les uns regardent les bateaux, les autres cherchent leur chemin. Mais tout ce petit monde finit par se croiser au même endroit, avec les mâts pour horizon et, devant soi, une belle collection de dos.
Pour cette manifestation, il y a ceux qui possèdent les précieux passes, peuvent descendre sur les pontons et découvrir les bateaux de près (on ne parle pas du vent!). Et puis les autres, qui doivent jouer du coude pour apercevoir un cockpit, un marin ou simplement une coque autrement qu’à travers les barrières. « C’est incroyable, le monde», convient un Malouin. « C’est bien plus bondé qu’en été.»
Sur les pontons fréquentés, cela tangue parfois sous les pas des visiteurs. Comme une première sensation maritime avant même d’avoir embarqué ! Au ras de l’eau, les bateaux prennent une autre dimension. Ils laissent entr’apercevoir les cordages qui s’entrecroisent et les derniers équipements qui parsèment les Imoca. Ici, on peut enfin s’arrêter, observer et mesurer ce que représente cette aventure en solitaire avec les navigateurs de l’extrême.
Autour des stands et des terrasses, l’affluence est aussi au rendez-vous. Devant les parasols, sous les stands, on prolonge la promenade en espérant dénicher un bob, un journal gratuit et une dédicace. La Route du Rhum offre déjà ce curieux contraste : beaucoup de monde à terre pour regarder des marins qui partiront seuls. En attendant, on risque de fêter tard le prochain départ. Devant les Ultimes, la petite phrase revient en mémoire. Un bonhomme tout seul, là-dessus. Il faut tout de même le faire.


