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mercredi 29 avril 2026
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la pauvreté vue par le Secours catholique

Jeudi 27 novembre, près de quatre-vingts personnes ont franchi la porte de la Maison de Quartier de Villejean. Bénévoles, partenaires, habitants et étudiants ont investi la salle pour une soirée qui posait une question simple et lourde de sens : que révèlent vraiment trente ans de données sur la pauvreté en France?  

La rencontre, organisée pour la sortie du Rapport Pauvreté 2025, réunissait Pierre Antoine Chauvin, enseignant chercheur à l’EHESP, Philippe Lefilleul du département Analyse et pauvreté des territoires du Secours Catholique, ainsi que deux bénévoles de terrain, Mireille Naudin (Redon) et André Caillet (Vitré). Dès les premières interventions, le même message a circulé dans la salle: les chiffres n’ont de valeur que lorsqu’ils renvoient à une réalité vécue.

En trente ans, le taux de pauvreté est passé de 14 à 15 %. Un point de plus, qui représente en réalité un million de personnes supplémentaires. Dans les accueils du Secours Catholique, la progression est encore plus nette: plus 154 % de personnes reçues sans aucune ressource depuis le milieu des années 1990. Aujourd’hui, plus d’une personne accueillie sur deux est une femme.

En Ille et Vilaine, un autre indicateur a marqué les esprits: 56,6 % des adultes reçus sont de nationalité étrangère, contre 9,3 %en 1994. Leur statut administratif s’est aussi fragilisé. En 1999, deux tiers des personnes étrangères accompagnées avaient un statut stable. Elles ne sont plus qu’un tiers en 2024.

Pour Philippe Lefilleul, ces chiffres parlent d’eux mêmes. « Quand les protections se réduisent, la pauvreté progresse. Ce n’est pas une théorie, c’est ce que nous voyons tous les jours. » Il pointe les réformes de l’assurance chômage, le décrochage du RSA par rapport au SMIC ou encore l’impossibilité de travailler pour les personnes sans papiers. « Ces décisions fabriquent de la précarité. Elles transforment des situations difficiles en situations intenables. »

Même son de cloche chez Mireille Naudin, bénévole à Redon. « Derrière chaque dossier, il y a une personne qui essaie juste de tenir debout. Quand les droits se resserrent, ce sont les marges de dignité qui disparaissent. » André Caillet, à Vitré, partage le même constat. « Les gens n’arrivent plus à reprendre souffle. On accompagne des personnes qui pourraient s’en sortir si on leur laissait une chance réelle de s’insérer. » Entre 1997 et 2001, des politiques volontaristes avaient permis à 800 000 personnes de sortir de la pauvreté. « Rien n’est écrit, rappelle Philippe Lefilleul. La pauvreté augmente ou recule selon les choix collectifs. Ce n’est jamais une fatalité. » La soirée s’est conclue autour d’un apéritif. Et le sentiment qui dominait en quittant la salle était clair. Les chiffres alertent, mais ils ne disent pas tout. Ce sont les décisions publiques qui tracent la frontière entre l’abîme et la dignité.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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