À Rennes, les restaurateurs aiment puiser dans les mots surannés de la langue française pour baptiser leurs enseignes. Ripaille, Goguette, Bercail… sont autant de clins d’œil à une époque où l’on s’attablait volontiers pour manger, rire ou retrouver ses proches. Mais en voyage, sur les routes de France, c’est une autre poésie qui s’invite au centre des villages et des petites villes, au détour des routes nationales et départementales.
Dans les bourgs traversés par des touristes en tongs, les débits de boissons portent des noms hérités d’un temps où le marketing n’existait pas encore. On privilégiait le pratique : Café de la Gare, de la Poste, de la Mairie, ou plus sobrement encore, Le Central. Souvent, on donnait un visage au lieu, celui du patron : Chez Pierre, Chez Lulu, Chez Fernand, qui racontaient à eux seuls une certaine convivialité.
Ailleurs, d’autres s’inspiraient tout bonnement de l’imaginaire parisien — Le Dôme, Le Sélect — ou animalier — Le Coq Hardi, Le Lion d’or, Le Cheval Blanc. Parfois même, on osait des noms plus symboliques : L’Étoile, Le Terminus, Le Phare… et surtout, L’Univers. Car la France regorge de ces « Café de l’Univers », estaminets populaires disséminés aux quatre coins du pays. On en trouve aux Mées, dans les Alpes-de-Haute-Provence, à Brignoles et Barjols dans le Var, à Courthézon dans le Vaucluse, mais aussi dans l’Allier, à Lurcy-Lévis, ou encore en Picardie, à Péronne.
À Tours, la Brasserie de l’Univers trône face à la place Jean-Jaurès. À Dijon, L’Univers est devenu un bar à cocktails branché, sans rien perdre de son aura. Enfin, à Saint-Malo, l’Hôtel de l’Univers et son bar des Légendes perpétuent la mémoire des marins de passage au travers de vieux tableaux et clichés jaunis par le pastis.
Pourquoi cette dénomination ? Cette appellation raconte une France de comptoirs, de tabourets en cuir et de banquettes en skaï, où chaque enseigne était un repère. Elle en dit long sur les tournées de Ricard, de Pastis et autres joyeusetés de nos ivresses baudelairiennes. Sur la route des vacances, ces noms font sourire le snob. Mais ils éveillent pour beaucoup d’entre nous la nostalgie et rappellent que, dans chaque bourg, il existe un univers à soi, au coin d’un petit zinc.


