Le sujet des piscines bouleverse l’actualité cet été. Comme s’il ne suffisait pas des débats autour des incivilités dans les bassins, une vive polémique a aussi éclaté dans les médias nationaux à propos des restrictions, des interdictions et de la surtaxation des piscines. Une controverse dans laquelle Rennes Métropole est souvent citée en exemple depuis sa récente décision de limiter, à partir de septembre 2025, à 25 m³ (25 000 litres) l’autorisation de construction d’une piscine privée. L’objectif de la communauté d’agglomération étant de préserver la ressource en eau.
La mesure n’est pas passée inaperçue. Elle en a choqué plus d’un. « Bien sûr qu’on est sensible à la ressource en eau ! Mais, ici, à Rennes, on ressent parfaitement l’écologie punitive. Au lieu d’aller chercher des économies d’eau ailleurs, chez les gros utilisateurs, ils vont embêter ceux qui ont réussi à faire un petit bassin chez eux pour le plaisir des enfants, de la famille et des amis. C’est nous faire passer pour des riches, des dilapidateurs d’eau. Alors que je ne consomme quasiment pas d’eau durant l’année. Je rajoute juste un peu l’été à cause de l’évaporation », assure un propriétaire d’une petite piscine.
Et les chiffres éclairants sur le domaine des piscines privées étayent les arguments de cette population visée. La France est le 3e pays au monde au nombre de ses piscines : il y en a plus de 3,6 millions. C’est dire que la piscine privée, autrefois considérée comme un bien de riche, s’est désormais démocratisée. Pour ce qui est de la consommation d’eau, elle ne représente qu’entre 0,06 % et 0,13 % du volume d’eau total prélevé en France (source : idees.piscine.com). Mais le plus effarant dans l’affaire est celui des fuites d’eau après traitement, estimé de à 30 %… Et, comme le précise Alban Verlaine, responsable commercial d’Ambitions piscines et spa, à Montgermont dans OF, « l’eau d’une piscine correctement entretenue n’a pas besoin d’être renouvelée chaque année ».
Enfin, il faut savoir qu’un bain à la maison consomme 175 litres et une douche de 3 minutes 60 litres (sources Veolia). « Lors de canicule, on se douche beaucoup moins de fois par jour lorsqu’on a une piscine », indique un propriétaire. Toutes ces données ont visiblement échappé aux décideurs de Rennes Métropole. L’urgence climatique et un département en alerte sécheresse en juillet les ont conduits à prendre une décision radicale. Certes, un peu plus mesurée que certaines mairies du Var qui ont carrément interdit la construction de nouveaux bassins. Il n’empêche que ce qui marque le plus, c’est le côté symbolique de s’en prendre à une population qui en profiterait sur le dos de ceux qui n’ont pas de piscines.
C’est là-dessus que les critiques sont le plus prononcées. « Comment ne pas comprendre que les piscines municipales en régie directe ou en délégation sont souvent remplies durant les périodes estivales et que les gérants ont souvent du mal à faire respecter les règlements auprès des baigneurs ? La piscine privée devient un refuge pour bon nombre de personnes, à condition bien sûr d’en trouver une », explique un usager régulier de piscines municipales.
La récente actualité semble lui donner raison. Cet été a été marqué par des fermetures de bassins à travers le pays à cause de la multiplication des agressions, des bagarres, des bains nocturnes ou des menaces envers le personnel. À Sanvignes-les-Mines, la piscine a été fermée pour tout l’été en raison d’invasions diurnes ou nocturnes de la part de jeunes. Une commune suisse, Porrentruy, est même allée jusqu’à interdire l’accès aux Français de sa piscine en raison des incivilités !
La piscine de Bréquigny, à Rennes, a connu également des coups de chaud cet été. « J’y suis allé me détendre un samedi après-midi fin juin. C’était horrible ! J’ai vu trois bagarres ! Je n’y retournerai plus désormais. Une piscine cela devrait être réservé pour la relaxation et la nage. Durant la période estivale, tous les maux de nos pays investissent les bassins et les extérieurs. La mairie va répondre qu’elle agit avec des agents de sécurité et la police municipale. Mais il faudrait être beaucoup plus ferme pour ne pas se laisser déborder », explique notre nageur désappointé.
Les élus de ces collectivités territoriales ont-ils réfléchi à tous les aspects du problème ? Ont-ils pensé à la dimension sociétale et hygiénique d’une piscine ? Les mesures d’interdictions et de restrictions poussent certains pays dans le vent contraire, dans une revanche punitive de l’écologie. Voilà le danger qui pointe avec ces mesures ciblées sur certains secteurs, celui de sabrer le processus écologique.


