Rennes Info Autrement vous propose, en partenariat avec lemagcinema.fr, un focus sur l’actualité cinématographique à Rennes
LE FESTIVAL
Le Festival TNB, rendez-vous incontournable de la création contemporaine à Rennes, ouvre ses portes du 12 au 22 novembre 2025 pour une neuvième édition qui s’annonce riche en découvertes et en rencontres. Imaginé comme un précipité du projet artistique du Théâtre National de Bretagne, cet événement déploie sur deux semaines une programmation foisonnante, mêlant théâtre, danse, performance et cinéma. Près de vingt propositions se succèdent dans une dizaine de lieux de la métropole rennaise, invitant le public à explorer des dramaturgies singulières, des esthétiques audacieuses et des questionnements actuels sur le corps, l’identité et la société. Avec une attention particulière portée aux artistes en situation de handicap à travers le parcours « Extra-ordinaire », et des temps de transmission pour les jeunes publics et les amateurs, le festival réaffirme son rôle de hub vivant, convivial et inclusif.
Dès la première semaine, du 12 au 16 novembre, le ton est donné avec des spectacles qui interrogent les frontières entre réel et fiction, comme Paradoxe de Guillaume Vincent et Florence Janas, un mockumentaire sur la disparition d’une mère, ou People Will People You de Steven Cohen, une performance rituelle impliquant le public dans une méditation sur l’humain. La danse s’invite également avec Autothérapie de Mackenzy Bergile, un autoportrait chorégraphique dans le chaos, et À l’ombre d’un vaste détail, hors tempête de Christian Rizzo, qui magnifie les gestes quotidiens. Ces créations, jouées dans différents lieux soulignent la diversité des formes et des voix portées par le TNB.
La programmation jeune public n’est pas en reste, avec Coraline de Blanche Ripoche et la Cie 52 Hertz, un théâtre clownesque explorant normes et transgressions dès 6 ans, ou La petite soldate de Gaëlle Bourges, une danse sur le genre et le militaire accessible à partir de 14 ans. Des ateliers d’écriture avec Marine Bachelot Nguyen et Blanche Ripoche, ainsi que des rencontres comme « Rencontrer l’Histoire » avec l’historien Patrick Boucheron sur la peste, enrichissent l’expérience. Hors les murs, des événements au Triangle, à la Cité de la danse ou au Frac Bretagne prolongent cette effervescence, tandis que le Bar/Restaurant du TNB sert de quartier général festif avec des DJ sets les 15 et 22 novembre.
UN FOCUS SUR LUDIVINE SAGNIER : L’EMMA BOVARY D’UN CIRQUE TRAGIQUE
Au cœur de cette édition, un zoom particulier est accordé à Ludivine Sagnier, actrice aux multiples facettes dont la présence illumine le festival à travers la scène et l’écran. Du 5 au 18 novembre, le Cinéma du TNB propose un focus cinématographique dédié à l’artiste, avec quatre films emblématiques : Gouttes d’eau sur pierres brûlantes de François Ozon (2000), Les Chansons d’amour de Christophe Honoré (2007), Pieds nus sur les limaces de Bruno Chiche (2017) et Leurs enfants après eux de Nathalie Sorce (2021). Ces projections permettent de (re)découvrir la palette nuancée de Sagnier, de la sensualité juvénile à la profondeur introspective, et d’apprécier sa capacité à incarner des femmes complexes, traversées par les tourments du désir et de l’identité.
Ce focus culmine avec Bovary, Madame, la nouvelle création de Christophe Honoré d’après Gustave Flaubert, présentée en Salle Vilar du 12 au 16 et du 18 au 22 novembre. Ludivine Sagnier y prête ses traits à Emma Bovary, non pas comme la figure romanesque figée du XIXe siècle, mais comme un symbole vivant, échappé de son œuvre originelle pour hanter le contemporain. Honoré, fidèle à sa veine hybride, transpose le roman en un cirque tragique où Emma est piégée dans une répétition éternelle de sa vie : mariages sans joie, amours illusoires, dettes et désillusions. La mise en scène convoque le cirque, la pantomime et le cinéma – avec des vidéos de surveillance obsessives signées Jad Makki – pour brosser un portrait vibrant d’une héroïne qui retrouve le souffle de ses aspirations romantiques face à une réalité provinciale étouffante.
Dans cette adaptation libre, Honoré opte pour une vulgarisation accessible du chef-d’œuvre flaubertien, rendant ses thèmes intemporels via un procédé de mise en abyme ingénieux. Sur scène, Madame Bovary n’est plus seulement celle du roman, mais un archétype du « bovarisme » – ce mal du siècle où l’idéal rompu au réel engendre frustration et révolte. Le metteur en scène utilise la métaphore du chapiteau comme un espace clos, une arène où le personnage, libéré de son auteur, circule librement dans l’imaginaire collectif. Comme l’explique Honoré dans ses entretiens, Emma est devenue une icône que la société contemporaine instrumentalise à tout va : pour dénoncer les illusions consuméristes, les pièges du genre ou les quêtes de liberté inassouvies. Ce cirque symbolique met en évidence comment le récit de Flaubert a infiltré le quotidien, servant de vecteur à d’innombrables messages politiques et sociaux. La scénographie de Thibaut Fack, les lumières de Dominique Bruguière et les costumes de Pascaline Chavanne renforcent cette dimension chorale et multimédia, avec une distribution incluant des clowns et acrobates qui incarnent les figures masculines environnantes – un Rodolphe séducteur, un Léon idéaliste, un Charles maladroit.
Ludivine Sagnier s’avère particulièrement intéressante dans ce rôle exigeant, oscillant entre grâce naturelle et fracture intérieure. À 40 ans, elle incarne une Emma qui, loin d’être inconséquente, apparaît comme une funambule de ses propres désirs, son sourire éclatant masquant une vulnérabilité poignante. Honoré exploite avec finesse ce que l’actrice renvoie spontanément : une sensualité contenue, une fragilité qui fait écho à ses rôles précédents chez Ozon ou lui-même. La pièce, d’une durée de 2h45 avec entracte, est conseillée dès 15 ans, et accessible avec audiodescription le 21 novembre. Une Pause Théâtre gratuite est prévue le 20 novembre à l’Université Rennes 2, pour discuter de l’œuvre avec l’équipe artistique.
Cette relecture honoréenne, joyeuse et inventive, fait flèche de tout bois pour transposer le destin d’Emma au plateau : elle donne la parole à celle qu’on a trop souvent jugée, la plaçant au centre d’un dispositif qui questionne nos propres illusions. Le spectacle souligne avec justesse comment le bovarisme, ce rêve d’élévation perpétuellement brisé, résonne encore dans nos existences numérisées et médiatisées. En mêlant fidélité au texte et libertés totales, Honoré et Sagnier offrent une Emma revitalisée, symbole d’une quête de liberté qui transcende les époques.
VIMALA PONS ET HONDA ROMANCE : UNE MÉDITATION PHYSIQUE SUR L’ÉMOTION
L’autre temps fort du festival est le focus sur Vimala Pons, artiste pluridisciplinaire dont l’univers hybride – entre cinéma, écriture, performance et musique – irrigue la programmation. Du 19 au 25 novembre, le Cinéma du TNB diffuse quatre de ses films marquants : La Fille du 14 juillet d’Antonin Peretjatko (2013), Vincent n’a pas d’écailles de Thomas Salvador (2014), Vincent doit mourir de Thomas Salvador (2018) et L’Attachement de Carine Tardieu (2024). Ces œuvres mettent en lumière la capacité de Pons à naviguer entre comédie absurde, drame intimiste et exploration corporelle, révélant une actrice qui excelle dans les rôles excentriques et profonds.
Pons est à l’affiche avec Honda Romance, sa nouvelle création présentée les 21 et 22 novembre à l’Opéra de Rennes en partenariat avec le TNB. Ce spectacle hybride, d’une durée de 1h15 et accessible dès 14 ans, fusionne cirque, théâtre et musique dans une méditation haletante sur 200 émotions brutes, le temps qui file et les relations à l’ère numérique. Écrite et mise en scène par Pons en collaboration avec Tsirihaka Harrivel, elle déploie une physicalité extrême – acrobaties, contorsions, dérision – pour explorer l’identité en flux, les transformations du corps et les soubresauts de la pensée. Accompagnée du chœur Miroirs Étendus et de compositeurs comme Fiona Monbet, Romain Louveau et Rebeka Warrior, Pons transforme la scène en un espace hallucinatoire où l’émotion se fait matière tangible, entre rire et vertige. Une rencontre avec l’équipe artistique est prévue le 22 novembre après la représentation, pour approfondir cette œuvre qui pousse les conventions avec une énergie jubilatoire.
INFOS PRATIQUES : BILLETS ET ACCÈS
Le Festival TNB 2025 se déroule du 12 au 22 novembre dans plus de dix lieux culturels de la métropole rennaise, dont le Théâtre National de Bretagne (1 rue Saint-Hélier, 35000 Rennes). Les tarifs varient et sont consultable sur le site du TNB.
Billetterie ouverte 24h/24 sur www.t-n-b.fr/billetterie, par téléphone au 02 99 31 12 31 (mardi-samedi, 13h-19h) ou sur place au TNB (mêmes horaires). Places de dernière minute disponibles 30 minutes avant les représentations.



