Le spécialiste du mosaïste rennais Odorico, Daniel Enocq, est un homme pointilleux. Il aime dénicher des mosaïques, mais il tient surtout à ne pas commettre de bévues. Après avoir annoncé la découverte d’une fresque dans l’ancien magasin de chaussures André, lors de travaux de rénovation rue d’Estrées (voir notre article), il souhaite apporter une précision importante. « Une lectrice de Rennes Infos Autrement, Odile, m’a fait savoir que l’enseigne La Fée, bien connue des Rennais, ne pouvait avoir occupé les lieux du chausseur, du moins lors de sa première implantation. Elle était jadis installée aux numéros 5 et 7 (aujourd’hui le numéro 3) et non au 3», explique-t-il.
Toutefois, on l’excusera bien volontiers ! La confusion était somme toute compréhensible et fort logique. Après son installation dans cette artère du centre-ville, La Fée, spécialisée dans la mode, la couture, la mercerie, les soieries, les rubans et la dentelle s’était ensuite étendue plus bas dans la rue… En revanche quid de la fresque ? Pour en avoir le cœur net, le tenace Daniel Enocq a fouillé les archives de Ouest-Éclair (ancien Ouest-France). Et il a bien fait. Dans son édition du 15 décembre 1932, le quotidien apporte peut-être un éclairage bien utile dans un article intitulé Rennes, port de pêche !
Dans cet article, le lecteur y apprend qu’une poissonnerie devait ouvrir un certain jeudi, à 16 h pétantes, pour les fins gourmets de bons poissons frais et vivants. Il pouvait y lire aussi qu’un essaim des meilleurs ouvriers des établissements Odorico, mosaïstes, dont le talent bien connu s’était surpassé, avait réalisé une véritable œuvre d’art et de bon goût. Cet établissement s’appelait jadis Au Goéland. La « gent aquatique » de nos étangs et rivières y était exposée vivante dans des bassins et aquariums. Difficile, dès lors, de ne pas faire le lien avec les volatiles marins figurant sur la fresque…


