Autant il semblait quelque peu abattu après sa défaite aux municipales, autant Charles Compagnon revient aujourd’hui dans le combat. Entouré de ses colistiers et de Carole Gandon, le leader de Vivre Rennes a profité de sa conférence de presse de rentrée pour dévoiler sa feuille de route des prochains mois. Sans ménager Nathalie Appéré, sa plus fidèle adversaire, il entend désormais mener une opposition de terrain et passer au crible les premiers mois du nouveau mandat tant au conseil municipal que dans l’assemblée métropolitaine.
Dans ses nouveaux bureaux de l’Hôtel de ville, entouré d’une partie de ses onze élus, Charles Compagnon commence par une boutade. « On est monté d’un demi-étage en six ans. Et il nous reste un demi-étage. On progresse, avec humilité, mais on progresse », explique-t-il. Mais très vite, l’ancien candidat aux municipales retrouve son rôle de premier opposant à la maire actuelle, Nathalie Appéré. Pour lui, les quelque 200 premiers jours du nouveau mandat auraient déjà révélé un visage différent de celui présenté pendant la campagne. «Nathalie Appéré avance masquée, décide seule et envoie la facture aux Rennaises et aux Rennais », explique Charles Compagnon.
Trois « vérités masquées » : démocratique, budgétaire et écologique.
Avec neuf élus métropolitains au conseil de Rennes métropole, le mouvement ne peut toujours pas constituer son propre groupe en raison des règles en vigueur. «Notre liste a recueilli 26 534 voix», précise-t-il. «Nous ne comprenons pas pourquoi nos représentants ne disposent pas des mêmes moyens que d’autres groupes.» Après l’échec d’un référé devant le tribunal administratif, l’opposition attend désormais l’examen au fond et espère toujours faire évoluer le pacte de gouvernance. À ses côtés, Carole Gandon enfonce le clou. Elle regrette notamment l’absence de Vivre Rennes dans certaines instances satellites, comme Archipel Habitat (gérant un parc de 17000 logements) ou Destination Rennes. «C’est une anomalie unique en France! On continue de militer pour le changement de ce règlement intérieur », martèle Carole Gandon avant d’ajouter : «en nous privant de cette représentation, Nathalie Appéré fait part de fébrilité. Une majorité sûre de la pertinence de ses choix n’aurait pas grand-chose à craindre d’une opposition disposant des moyens de travailler.»
Mais Charles Compagnon ne compte pas cantonner son offensive aux couloirs de la Métropole. Il veut aussi parler au portefeuille des Rennais. Dans sa ligne de mire figurent les hausses des tarifs des transports, du stationnement ou encore de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères. « Pendant la campagne, il n’y a pas eu un mot là-dessus de la part de Nathalie Appéré», explique Charles Compagnon. De la facture des Rennais, Charles Compagnon glisse alors vers une autre préoccupation : le réchauffement climatique. Après les épisodes caniculaires, l’élu ne prend guère de pincettes. « C’est l’impréparation totale aux changements climatiques sur notre ville », indique-t-il. Il rappelle les écoles et les commerces contraints de fermer et les écarts de température qu’il dit avoir constatés entre le centre et la périphérie (six degrés de différence). Dans son viseur également : les immeubles sombres construits ces dernières années, qu’il compare à des « radiateurs ». Non sans oublier la gare. « Elle est une véritable serre. ces choix sont d’autant moins compréhensibles que les effets du changement climatique étaient connus depuis longtemps», critique Charles Compagnon.
Pour autant, Vivre Rennes ne veut pas limiter les six prochaines années à une succession de passes d’armes avec Nathalie Appéré. Charles Compagnon assure même que son équipe a profondément changé depuis 2020, notamment après le rapprochement des différentes sensibilités qui la composent. « Un plus un n’a pas fait deux, en fait. Un plus un fait trois ou quatre », explique Charles Compagnon. « Nous ne sommes plus du tout les mêmes que ceux que vous avez rencontrés en juin, en juillet ou en septembre 2020 », ajoute-t-il. Cette nouvelle équipe veut désormais privilégier les visites sur le terrain, les groupes de travail, les enquêtes, les sondages et les tables rondes. « On va mettre des moyens, on va mettre des enquêtes, on va faire des sondages », confie Charles Compagnon.
Cette méthode devrait enfin permettre à Vivre Rennes de consolider une identité que ses élus veulent avant tout locale. Réunis en séminaire le 12 septembre, ils ont défini leur ligne pour les prochaines échéances nationales. Chacun conservera sa liberté de parole sans engager automatiquement le collectif. Sur le terrain rennais, Charles Compagnon souhaite toujours un mouvement ouvert « de la social-démocratie jusqu’à la droite républicaine ». Six mois après les municipales, l’ancien candidat semble en tout cas avoir digéré sa défaite. Avec sa nouvelle équipe, il vient clairement signifier à Nathalie Appéré qu’ils comptent occuper le terrain avec un nouveau parti : Vivre Rennes.


