Dans les écoles du quartier du Blosne à Rennes (Volga, Torigné), les enseignants mènent une bataille discrète, mais courageuse. Dans un environnement marqué par la présence visible de trafiquants de drogue, leur mission prend chaque jour des airs de résistance. Jocelyne (prénom modifié), professeure dans l’un de ces établissements, a accepté de témoigner anonymement. « On est obligés de se barricader un petit peu », avoue-t-elle.
Derrière les fenêtres « occultées » de l’école, les instituteurs tentent de préserver l’espace scolaire et éducatif. Mais en dehors, la réalité les rattrape bien cruellement. « Le parc Slovène, tout neuf et prévu pour les enfants, a été rendu inaccessible. Les dealers squattaient en haut de la tour du toboggan spiralé. » Tous les jours, le climat d’insécurité imprègne de plus en plus la vie de chacun. « Dès qu’on libère nos élèves à midi ou à 16 h 15, on ne sait pas trop ce qu’il peut se passer, » confie la jeune femme.
notre directrice a été prise en photos ! »
Régulièrement, certains enfants sont approchés par les dealers. « Est-ce que tu veux un bonbon ? Est-ce que tu veux un kebab ? », interrogent les trafiquants. Ces « anodins » cadeaux inquiètent le personnel éducatif. « Il faut avoir de la force à dix ans pour dire non. » Récemment, lors d’une visite de la police dans les établissements scolaires, les langues des garçons et filles se sont même déliées ! « La moitié de la classe avait déjà des anecdotes avec les dealers, » affirme Jocelyne.
Si les enseignants n’ont pas (encore) été confrontés à des échanges de balles en plein jour, la menace reste présente. L’an passé, les fusillades nocturnes dans le quartier ont laissé des traces (et pas seulement sur les murs). « Les enfants n’avaient plus le droit de sortir. Ils arrivent le matin avec plein de choses dans la tête. Cela a angoissé les familles, joué sur la concentration. »
Parfois, ce « trouble intérieur » s’installe sur fond de fascination pour les figures du trafic. « Les enfants savent que ce n’est pas bien. Mais certains penchent du mauvais côté.» Dans ces quartiers, les principes républicains, éducatifs sont mis à rude épreuve. « Tout le discours civique qu’on mène au quotidien — l’effort, les règles, l’entraide — perd son sens dès qu’ils sortent dans la rue. » Tant bien que l’Education nationale mal, l’école tente de résister, avec les moyens du bord. Mais comme le dit Jocelyne, lucide. « Ils sont fragiles, influençables. On les met face à des gens qui ont l’air impressionnants. »
Même les lieux de passage sont devenus des zones grises. « Quand on va au conservatoire le jeudi matin, on croise parfois des consommateurs qui ne sont pas dans leur état normal. Ça peut inquiéter. » Et pourtant, dans cet environnement tendu, les enseignants tiennent le choc, à la manière des hussards de la République, armés de cahiers, de mots, et de patience. « Notre mission est de leur rappeler que c’est le travail et les efforts qui comptent. »


