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mardi 14 juillet 2026
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Antennes-relais à Rennes : « Nous demandons d’avancer les yeux ouverts » 

Les antennes-relais se multiplient avec le déploiement de la 5G, bientôt la 6G  et l’explosion des usages numériques. Comment sont-elles contrôlées ? Les niveaux d’exposition sont-ils réellement sans danger ? Que peuvent faire les habitants lorsqu’une antenne est installée près de chez eux ? Rennes Infos Autrement a rencontré l’association rennaise EMPREINTE, qui participe au Guichet de la téléphonie mobile de Rennes Métropole pour la MCE (Maison de la consommation de l’environnement). Un entretien approfondi sur un sujet avec son représentant, Eric Gicquel, ingénieur en retraite de l’Institut physique de Rennes. 

Quel est exactement votre rôle autour des antennes de téléphonie mobile à Rennes ? 

Notre association œuvre avant tout pour la promotion de l’habitat écologique. Nous accompagnons les habitants qui souhaitent mieux comprendre leur environnement électromagnétique, à l’intérieur comme à l’extérieur de leur logement. Lorsque cela est nécessaire, nous pouvons également réaliser des mesures. Mais notre rôle n’est pas de contrôler légalement les antennes-relais. Cette compétence appartient à l’État.

En revanche, nous informons, nous expliquons, nous alertons lorsque cela nous paraît nécessaire et nous accompagnons les habitants confrontés à ces questions souvent très techniques. À Rennes, nous représentons la Maison de la consommation et de l’environnement (MCE) au sein du Guichet de la téléphonie mobile de Rennes Métropole. Deux fois par an, nous échangeons avec les opérateurs et les collectivités afin d’obtenir des explications sur certains projets et d’apporter un regard indépendant sur ces questions.

 Que regardez-vous précisément lorsqu’une nouvelle antenne est annoncée ? 

Nous examinons principalement le Dossier d’information mairie (DIM) que chaque opérateur doit transmettre avant les travaux. Ce document présente l’emplacement de l’antenne, sa hauteur, ses caractéristiques techniques ainsi que les simulations d’exposition. Ces simulations restent cependant limitées puisqu’elles ne prennent en compte que les antennes de l’opérateur concerné. Elles ne reflètent donc pas toujours l’exposition globale du secteur. Il arrive également que certains dossiers comportent des erreurs ou des imprécisions concernant la puissance, l’orientation ou la localisation des équipements, même si la réglementation récente tend à améliorer la qualité de ces informations. 

Les antennes respectent-elles les normes ? 

Sur le plan réglementaire, oui. Les valeurs limites fixées par le décret de 2002, dont les seuils reprennent les recommandations de l’ICNIRP (Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants), varient selon les fréquences utilisées entre 28 et 61 volts par mètre. Les mesures réalisées dans le cadre du dispositif national (ANFR) montrent généralement des niveaux très inférieurs à ces seuils. Nous considérons toutefois que ces limites restent élevées pour la santé. Nous défendons une approche plus prudente, inspirée notamment du principe ALARA (« As Low As Reasonably Achievable »), qui consiste à rechercher les niveaux d’exposition les plus faibles raisonnablement possibles. Nous avons également regretté que le seuil dit « atypique », fixé initialement à 6 V/m, ait été relevé à 9 V/m au début de l’année 2026 par l’ANFR (agence nationale des fréquences). 

Les contrôles sont-ils suffisamment nombreux ? 

À notre connaissance, il n’existe pas de contrôle systématique de chaque antenne. À Rennes, l’ANFR recensait, fin juin 2026, 198 sites de téléphonie mobile, dont 176 sont en service. La Ville mène régulièrement des campagnes de mesures dans les écoles, les crèches et d’autres établissements municipaux. Depuis cette année, une campagne générale est prévue tous les trois ans, complétée par des campagnes ciblées lorsqu’une nouvelle antenne est implantée à proximité d’un établissement sensible. Ces contrôles restent néanmoins ponctuels. Or certains paramètres techniques peuvent évoluer au fil du temps sans qu’une nouvelle mesure soit automatiquement réalisée. 

Qui réalise les mesures ? 

Toute personne peut demander gratuitement une mesure officielle auprès de l’ANFR. Après validation du dossier, un laboratoire indépendant et accrédité intervient sur place pour mesurer les champs électromagnétiques, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur du logement. Notre association dispose également de matériel professionnel permettant de réaliser des mesures indicatives afin d’aider les habitants à mieux comprendre leur situation.

Les niveaux d’exposition observés à Rennes sont-ils élevés ? 

Les données officielles montrent que les niveaux moyens restent largement inférieurs aux seuils réglementaires. En revanche, certaines situations particulières peuvent conduire à des niveaux plus importants, notamment lorsque des antennes sont implantées directement sur des immeubles d’habitation ou à proximité immédiate de logements. C’est sur ces situations que nous estimons qu’une vigilance particulière doit être maintenue.

 Existe-t-il des secteurs plus sensibles ? 

Oui. Nous sommes particulièrement attentifs aux antennes installées sur les immeubles d’habitation, notamment les logements sociaux, ainsi qu’aux secteurs où plusieurs sources de champs électromagnétiques se cumulent, par exemple avec des lignes à haute tension. Nous souhaiterions également voir se développer des mesures continues sur vingt-quatre ou quarante-huit heures afin de détecter d’éventuels pics d’exposition, ainsi que davantage de suivi dans les EHPAD et les établissements accueillant des personnes fragiles. 

Avec la 5G, les besoins en antennes vont-ils continuer à augmenter ? 

Les usages numériques augmentent fortement et les opérateurs estiment que le réseau doit suivre cette évolution. Nous pensons toutefois que cette évolution dépend aussi de choix de société. Une utilisation plus raisonnée des réseaux mobiles ou le recours au filaire lorsque cela est possible pourraient limiter la multiplication des infrastructures.

Comment trouver le bon équilibre entre progrès technologique et précaution ? 

C’est tout l’enjeu. Nous ne remettons pas en cause l’utilité du téléphone mobile. En revanche, nous estimons que les habitants doivent être mieux informés et davantage associés aux décisions concernant l’implantation des antennes. Nous plaidons pour davantage de transparence, des mesures plus nombreuses et plus fines, une véritable concertation et une application du principe de précaution chaque fois que cela est possible. 

Que peut faire un habitant inquiet ? 

Plusieurs solutions existent. Il est possible de consulter Cartoradio, qui localise les antennes et les mesures déjà réalisées. Chaque habitant peut également demander gratuitement une mesure officielle de son exposition via l’ANFR. Enfin, il est toujours possible de solliciter une association ou une entreprise spécialisée afin d’obtenir des explications complémentaires sur la situation. 

Quel message souhaitez-vous adresser ?

 Les téléphones portables sont devenus indispensables à notre quotidien et les antennes également. Notre objectif n’est pas de revenir en arrière. Nous souhaitons simplement que ce développement s’accompagne d’une information plus transparente, d’une meilleure concertation avec les habitants et d’une vigilance permanente sur les effets potentiels des champs électromagnétiques. Nous pensons que le progrès technologique et le principe de précaution peuvent avancer ensemble.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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