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jeudi 30 juillet 2026
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À Rennes, les baignades dans la Vilaine faisaient déjà polémique en 1834

Au XIXe siècle, les Rennais se baignaient volontiers dans la Vilaine. Mais entre les interdictions municipales, la pollution de l’eau, la foule et les risques de noyade, la pratique était loin d’être de tout repos. En 1834, la suppression de deux lieux de baignade gratuits avait même déclenché une vive polémique.

À Rennes, la baignade dans la Vilaine ne date pas d’hier. Bien avant les piscines municipales, les habitants venaient chercher un peu de fraîcheur dans le fleuve. Parmi les lieux les plus fréquentés figuraient la « Barbotière » et le « Cabinet vert ». La Barbotière et le Cabinet-Vert se trouvaient à l’est de Rennes, sur les bords de la Vilaine, dans l’actuel quartier Alphonse-Guérin. La première était située au débouché de l’actuelle rue de la Barbotière, près de l’allée Marc-Elder. La seconde longeait l’ancienne promenade des Bonnets-Rouges, dans le secteur du vélodrome et du quai de Richemont. Mais le 5 mai 1834, le maire de Rennes, Jouin, signe un arrêté supprimant ces deux baignades gratuites.

La décision ne passe pas inaperçue. Le journal L’Auxiliaire breton « part en guerre contre l’élu». En défense, la municipalité justifie son choix par le développement des activités sur les berges. « Des établissements industriels s’élèvent sur la rive gauche de la Vilaine. » Et d’ajouter:  « les riverains se plaignent de la promiscuité des baigneurs. Ils pourraient dégrader le glacis du chemin de halage, définitivement établi sur la rive droite ».

Privés de la Barbotière et du Cabinet vert, les nageurs n’ont plus guère le choix. «Que restait-il aux nageurs ? Le Gué-de-Baud et le Petit-Bois. Mais ces deux lieux sont éloignés du centre. « Il fallait pour s’y rendre une demi-heure de marche », précise l’écrivain Henri Jouin, Dans Rennes, il y a cent ans. Cette distance pénalise surtout les plus modestes. « La classe ouvrière, qui les fréquente, n’a pas grand temps à elle », souligne alors L’Auxiliaire breton.

Les conditions de baignade au Gué-de-Baud sont, de surcroît, peu engageantes. L’eau y est décrite comme « sale » et chargée de « parcelles de terre pouvant obstruer les pores de la peau, au lieu de les nettoyer ». À la mi-juin 1834, les lieux sont toutefois littéralement pris d’assaut. La baignade est « encombrée par 100 baigneurs civils et près de 200 militaires conduits par leurs officiers ».

La foule est telle « qu’il restait à peu près un mètre carré à chaque baigneur pour s’ébrouer dans l’eau trouble.» Dans cette Vilaine surchargée, la baignade pouvait rapidement tourner au drame. L’écrivain Henri Jouin rapporte ainsi qu’un soir d’août, le maître boulanger Mansiot « coula et allait se noyer », avant d’être secouru grâce « au courage et aux soins du père Girault, garde surveillant ».

L’autre possibilité, le Petit-Bois, ne présente guère plus de garanties. Son nom semblait pourtant « tout indiqué pour… y faire la planche ». Mais cette baignade était « moins encore que le Gué-de-Baud en état de recevoir des nageurs ». Le fond était en effet « hérissé de souches fort dangereuses ».

Pour ceux qui en avaient les moyens, il restait les bains payants. Plusieurs établissements existaient alors à Rennes : chez Taillandier, au port de Viarmes ; chez Leguerreau, rue Basse — aujourd’hui rue Saint-Malo — ; chez Autin, rue prolongée Bourbon ; chez Hiroux, au Champ-de-Mars ; ou encore chez Gautier, rue Saint-Hélier. Aux bains du pont Saint-Georges, une baignoire « en cuivre étamé » coûtait « 50 à 60 centimes », avec une précision étonnante : « pourboire interdit ».

En 1865, face aux besoin, un industriel décide d’ouvrir une école de natation réservée aux femmes. Son enseigne annonce : « Bains à fond de bois pour dames à quat’sous. » Mais la formulation prête à une lecture pour le moins équivoque. À la demande de son épouse, indignée, le propriétaire fait corriger l’inscription. Le résultat n’est guère plus heureux : « Bains à 4 sous pour dames à fond de bois. » L’affaire provoque les rires et « on renvoya un garçon de l’établissement, pour s’être alors permis de rire ».

Après plusieurs tentatives, l’établissement finit par adopter une formule grammaticalement plus prudente : « Bains pour dames à 4 sous et à fond de bois. » Une savoureuse anecdote rennaise, à une époque où se baigner dans la Vilaine relevait à la fois du loisir populaire, du combat politique et parfois de l’aventure Source : Henri Jouin, Rennes, il y a cent ans.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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