Ce vendredi 30 octobre 2026, environ 400 à 500 personnes se sont retrouvées devant l’Hôtel de Ville de Rennes. Élus portant leur écharpe tricolore et habitants ont voulu exprimer leur solidarité avec les victimes de l’attaque raciste de Trappes et de La Verrière, dans les Yvelines. Un rassemblement en écho à celui organisé dans la commune francilienne, dont le maire, Ali Rabeh, a publié une lettre particulièrement offensive contre la banalisation des discours de haine. Pour rappel, un premier rassemblement, moins politique, avait eu lieu spontanément dans le quartier du Blosne, en début de semaine (voir l’article d’Ouest-France).
Ce vendredi soir, la place de la Mairie, à Rennes, avait des airs de rassemblement républicain, digne des plus grandes heures de SOS Racisme. Devant l’Hôtel de Ville, plusieurs centaines de personnes ont répondu à l’appel de l’équipe municipale de la gauche plurielle rennaise. Parmi elles, tous les élus ceints de leur écharpe tricolore, venus témoigner leur émotion après l’attaque meurtrière qui a frappé Trappes et La Verrière, le 23 octobre dernier.
Ce jour-là, un homme équipé d’une arme automatique a parcouru les rues en cherchant à tuer des personnes noires et arabes. Pengo Bossio Wangi, 26 ans, y a perdu la vie. Cinq autres personnes y ont été blessées, dont une fillette de douze ans. « Il aurait pu, il aurait dû provoquer des morts par dizaines, peut-être par centaines, si la météo n’avait pas vidé nos rues et si l’arme du terroriste ne s’était pas enrayée à plusieurs reprises », a écrit le maire, dont l’allocution a été lue devant l’Hôtel de Ville.

À Rennes, quelques heures après une manifestation des commerçants devant l’Hôtel de Ville, l’équipe municipale avait appelé les habitants à se réunir pour exprimer leur soutien aux victimes, à leurs familles et aux habitants des deux communes endeuillées. Elle souhaitait également réaffirmer son refus du racisme et de toutes les formes de haine susceptibles de diviser la société française. Dans sa lettre, Ali Rabeh ne mâche pas ses mots. Le maire de Trappes met directement en cause le Rassemblement national et son président, Jordan Bardella. « En répétant jusqu’à la nausée, je cite l’antisémite Jordan Bardella, que “Trappes, ce n’est plus la France”, que “c’est une autre civilisation”, “une République islamiste en miniature”, que “Trappes, c’est Kaboul à 30 minutes de Paris”, cet homme et son parti ont placé une cible sur le dos de chaque habitant de ma ville », accuse Ali Rabeh. « Au-delà de Trappes, les discours de haine martelés à longueur d’antenne contre les étrangers, les immigrés, les musulmans ont contribué à déshumaniser une partie des Français, à les ériger en ennemis de l’intérieur, et donc à rendre aux yeux de certains leur agression légitime. »
Pour Ali Rabeh, le problème dépasse largement les frontières de sa commune et les responsabilités qu’il attribue à l’extrême droite. Il considère que certains discours ont progressivement gagné une partie de la société française, des médias aux institutions politiques. « Mais il ne suffit pas d’accabler l’extrême droite, ennemie éternelle de la République », écrit-il. Le maire dénonce notamment la place accordée à certaines idées dans les médias et les concessions faites, selon lui, par une partie de la classe politique. « Cette pente est une impasse », prévient Ali Rabeh. « Tous ceux qui s’accommodent de ce rapport de force, tous ceux qui véhiculent, en les diffusant ou en les reprenant, ce discours, ces thèmes, ces mots, tous ceux-là seront avalés par le monstre qu’ils auront contribué à nourrir. »
Malgré la gravité de son propos, le maire de Trappes ne veut pas renoncer à la possibilité d’un dialogue politique apaisé. Il appelle au contraire les responsables publics, les militants et les journalistes à défendre les principes républicains. « Il n’appartient qu’à nous, à nous toutes et tous, du militant local au candidat à l’élection présidentielle, du journaliste de terrain au présentateur star des plateaux télé, d’ériger à nouveau le cordon sanitaire qui protège notre pays et ses citoyens du poison de la division instillé par l’extrême droite », affirme-t-il. « C’est à nous de retrouver le chemin de la dispute apaisée entre républicains, sans jamais s’autoriser à confondre un adversaire politique avec un ennemi de la République », écrit Ali Rabeh.
Son texte s’achève sur un appel à la fierté nationale et à la reconnaissance de la diversité française. « Plus que jamais, aimons la France, soyons fiers d’être Français », lance-t-il. « Faisons de nos identités singulières une richesse et une puissance collective, réaffirmons que nous sommes un seul et même peuple, un grand peuple, une grande nation qui ne peut écrire la suite de son récit que dans le rejet du racisme, de l’antisémitisme, de l’islamophobie. » À Rennes, ce vendredi soir, les centaines de personnes réunies devant l’Hôtel de Ville ont voulu porter ce même message de solidarité par la bouche . À plusieurs centaines de kilomètres de Trappes, elles ont rappelé que le racisme, lorsqu’il se transforme en violence meurtrière, ne peut laisser aucune commune indifférente. Minute de silence et Marseillaise ont ponctué la cérémonie, avec un discours engagé de la maire contre le racisme et le RN.



