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lundi 28 septembre 2026
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Unité de valorisation de Villejean : Ruths fait monter la pression dans un communiqué

Écartée du chantier de modernisation de l’usine d’incinération de Villejean, l’entreprise italienne Ruths sort de son silence. Dans un communiqué particulièrement offensif, ses avocats contestent les accusations de malfaçons, de manquements contractuels et d’obstruction formulées par Rennes Métropole. Ils réclament aussi la communication d’un rapport de Bureau Veritas et mettent sur la table un chiffre : 116 millions d’euros.

La société Ruths avait été notamment chargée de l’installation de deux chaudières. Après le chantier, leur conception avait été déclarée conforme à la réglementation européenne par l’organisme certificateur INAIL, puis par un expert judiciaire. Rennes Métropole avait toutefois mis en cause des malfaçons dans leur réalisation, notamment au niveau des soudures, avant de confier leur reprise à une autre entreprise et de résilier, en janvier 2025, le marché de Ruths. Selon la collectivité, 5 980 soudures ont depuis été reprises et 104 collecteurs remplacés.

« Aucune de ces trois affirmations ne résiste à l’examen des faits », les avocats. 

Mais Ruths ne veut plus laisser Rennes Métropole imposer seule sa lecture de l’affaire. Dans un communiqué daté de ce 28 septembre et envoyé à notre rédaction, ses avocats, Grégory Berkovicz et Romain Balzac, répondent point par point. Trois accusations sont particulièrement visées : les malfaçons, les manquements contractuels et l’obstruction à l’exécution de décisions de justice. « Aucune de ces trois affirmations ne résiste à l’examen des faits », assurent-ils. 

Sur les chaudières, Ruths campe sur sa position. Ses conseils s’appuient sur le rapport rendu le 3 mai 2024 par l’expert judiciaire désigné par le tribunal administratif de Rennes. Selon eux, pas de doute : leur conception respectait la norme NF EN 12952 et la directive européenne 2014/68/UE. Cette conclusion aurait d’ailleurs été confirmée, en septembre 2024 puis en septembre 2025, par deux groupes de travail différents du Comité européen de normalisation, ajoutent-ils. 

La résiliation ? « Des prétextes », réplique Ruths

Ruths conteste surtout la décision de Rennes Métropole de résilier son marché le 20 janvier 2025. Pour ses avocats, les griefs retenus contre leur entreprise cliente ne seraient que « des prétextes, sans aucun argument de poids ».  « La quasi-totalité des manquements allégués concernent des prestations étrangères au périmètre contractuel de Ruths ou ont été rendues matériellement impossibles par des décisions de Rennes Métropole elle-même,», affirment-ils. 

Plus étonnant encore, Rennes Métropole reprocherait à Ruths de ne pas avoir effectué certains travaux dans des zones du chantier auxquelles elle lui avait elle-même interdit …l’accès. « L’ensemble du dossier converge pour démontrer le caractère fallacieux des moyens invoqués par Rennes Métropole à l’appui de cette résiliation », répliquent les conseils de l’entreprise. 

« La décision du tribunal a été pleinement exécutée »

Ruths répond également à l’accusation d’obstruction faite à ses clients. En avril 2025, le tribunal administratif avait fixé la liste des documents que l’entreprise devait remettre à Rennes Métropole. La collectivité, estimant que tout n’avait pas été transmis, a de nouveau saisi la juridiction en décembre 2025. Mais le 16 mars 2026, le président du tribunal administratif clôt désormais la procédure. « La décision du tribunal a été pleinement exécutée » par Ruths, indique-t-il dans son courrier. « Il n’y a pas eu d’obstruction : il y a eu une exécution intégrale », en concluent les avocats. 

En point d’orgue, l’entreprise italienne remet enfin sur la table un document particulièrement sensible : le rapport définitif de Bureau Veritas du 4 juillet 2024.Ce rapport a depuis servi de fondement à l’attribution, en juillet 2024, d’un marché de substitution de plusieurs dizaines de millions d’euros à une entreprise concurrente. Mais Ruths, par le biais de ses défenseurs, pointe aujourd’hui un paradoxe : deux ans plus tard, ce document « n’a toujours été ni communiqué à la société RUTHS, ni rendu public ». 

116 millions d’euros : la bataille devient financière

La bataille est aussi financière. Selon le communiqué, l’expert judiciaire avait prévenu Rennes Métropole dès avril 2024 que ses choix entraîneraient « un surcoût considérable ». Dans un nouveau rapport rendu le 20 novembre 2025, l’expert nommé par le tribunal aurait évalué à 116 millions d’euros le coût supporté par Rennes Métropole, sans compter les dépenses liées aux retards intervenus depuis. « Les contribuables en paient aujourd’hui le prix », dénoncent les avocats de Ruths.

 Les chaudières sont désormais certifiées et l’UVE approche de sa remise en service. Mais le règlement de comptes judiciaire et financier est loin d’être terminé. L’entreprise familiale italienne, fondée en 1932, « n’entend plus laisser s’installer, sans réponse, un récit que ses propres pièces et les décisions de la justice administrative contredisent point par point », préviennent ses avocats. Ruths continuera à défendre ses intérêts devant le tribunal administratif de Rennes, saisi de plusieurs recours, et se réserve « toute action utile » contre les accusations qu’elle considère comme infondées. Derrière la bataille des chaudières se joue désormais une autre bataille : celle des responsabilités et de la facture finale de l’un des chantiers les plus compliqués de Rennes Métropole.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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