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lundi 28 septembre 2026
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Au Triangle, quatre ans après, les riverains n’en peuvent toujours plus

Il y a quatre ans, Rennes Infos Autrement avait déjà raconté le quotidien difficile de riverains du Triangle, confrontés aux rassemblements nocturnes, à la musique, aux barbecues et aux nuisances. Depuis ? À entendre plusieurs habitants rencontrés ces derniers jours, pas grand-chose n’aurait changé. « Dites-le bien », insiste une riveraine, qui préfère conserver l’anonymat. « On se sent vraiment assez délaissés. »

 

Dans ses pas, on découvre les différents endroits où le « vivre ensemble » semble sérieusement battu en brèche. Sur le parking, devant le Triangle, des hommes s’y retrouvent régulièrement, parfois dès l’après-midi, plus souvent à partir de 18 h. « Les barbecues peuvent commencer très tôt. Mais à 22 h, 23 h, là, c’est la musique. Ils ont leur sono dans leur voiture. » Parfois, certaines soirées se prolongeraient jusqu’à minuit, 1 h, voire 3 ou 4 heures du matin. « C’est arrivé des nuits entières. »

Ici, les rassemblements réuniraient parfois huit ou dix personnes, parfois une trentaine, avec un va-et-vient régulier de voitures. Pour les habitants des immeubles voisins, le problème principal reste naturellement le bruit. «Nous sommes vraiment aux premières loges», explique la jeune femme. « Il y a des nuits, on ne dort pas. Quand vous entendez cela à 4 ou 5 heures du matin et que vous vous réveillez à 7 h 30 pour aller travailler, ce n’est pas possible. »

« Il n’y en a que pour le centre-ville »

Mais ce n’est pas tout ! Il y a aussi les déchets, les restes de soirées.  «Les barbecues ont même été allumés en période de canicule.» Derrière le Triangle, la grande halle cristallise encore davantage la colère. Ouverte et largement bétonnée, elle ferait office de caisse de résonance. Des rassemblements et des fêtes y seraient régulièrement organisés. « Soit on la ferme, la nuit  […] soit on la détruit», demande une voisine.

Dans ce quartier populaire, les habitants ont sentiment de passer après le centre-ville. « Il n’y en a que pour le centre-ville, nous, on est laissés », lâche-t-elle. Plusieurs réunions ont pourtant été organisées au fil des années avec la municipalité. Les habitants ont appelé la police, rencontré des interlocuteurs, alerté les pouvoirs publics. Mais leur constat reste le même. « Rien ne bouge ! » Le sentiment d’abandon se transforme même en sentiment de mépris. « On se sent délaissés et on se sent méprisés. On n’est pas place Sainte-Anne, on n’est pas rue de Châtillon, on n’est pas autour de la rue de la Palestine. » Sa critique vise aussi ceux qui décident de l’avenir du secteur sans, selon elle, en subir le quotidien. « Ils prennent des décisions, mais ils ne sont pas là. Il n’y en a que pour les vélos-cargos!»

« Les gens venaient en famille »

En chemin, la riveraine regrette une forme de confiscation progressive de l’espace public. « Les week-ends, les gens venaient en famille, ils venaient pique-niquer et tout. Mais non, plus personne ne vient. » À l’entendre, les habitants auraient progressivement déserté certains espaces verdoyants autour du Triangle en raison des rassemblements et des nuisances.

Pour la municipalité, la construction de nouveaux logements devait aussi contribuer à transformer, à apaiser le secteur. Mais l’arrivée des premiers habitants de la résidence Epona, livrée cet été, n’a pas fait disparaître les problèmes, bien au contraire. Primo-accédante depuis la mi-juillet, Louise le confirme. « Dès le début, notre espace a été squatté par des toxicomanes », raconte-t-elle. « Notre clôture a été cassée pour permettre du passage et des toxicomanes se sont installés dans les escaliers. J’y ai retrouvé des seringues, des papiers, mais également des excréments et des tags.»

Pendant la canicule, la situation serait devenue particulièrement pénible. « On ne pouvait pas ouvrir les fenêtres, sinon on ne dormait pas avec le bruit. On ne pouvait pas les fermer non plus parce qu’il faisait trop chaud. » Mais ce qui laisse le goût le plus amer à Louise concerne son achat. « Nous sommes beaucoup de primo-accédants. » Une de ses voisines, plus âgée, n’aurait même toujours pas véritablement emménagé en raison des nuisances. « J’aurais réfléchi plus longtemps si j’avais su que ça allait être comme ça. »

Certains appartements ont en outre été acquis en bail réel solidaire (BRS). « La revente est très réglementée, donc on est un peu piégés. »  À la nuisance sonore s’ajoute enfin un sentiment d’insécurité. Louise explique ne pas vouloir aller elle-même demander aux groupes de faire moins de bruit. Une autre jeune femme de l’immeuble aurait, selon son témoignage, été suivie. « En tant que femme toute seule, je n’ai pas super envie d’aller à leur rencontre. » Régulièrement, les habitants ont appelé les forces de l’ordre. «La police municipale intervient parfois lorsqu’elle est disponible, mais la situation devient plus compliquée en soirée. En revanche, la police nationale a bien d’autres urgences à traiter. Mais le résultat est là : on est assez désemparés. »

Quatre ans après notre premier reportage, le Triangle reste donc un point de crispation. De nouveaux logements sont sortis de terre, d’autres projets doivent encore transformer le secteur,. Mais pour les habitants rencontrés, le renouvellement urbain ne suffira pas si les problèmes quotidiens perdurent. «Nous voulons une transformation des lieux : fermeture de la halle en soirée ou destruction, protection de la végétation, réaménagement des espaces et action durable contre les rassemblements nocturnes. Nous réclamons la possibilité de dormir et de profiter normalement des espaces publics du quartier. C’est dommage, c’est vraiment un gâchis d’un quartier qui pourrait être très agréable à vivre. » Les aménagements urbains ne suffisent plus !

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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