13.7 C
Rennes
dimanche 27 septembre 2026
AccueilActualitéspassé agricole : quand les « Perrins » et les « Perrines...

passé agricole : quand les « Perrins » et les « Perrines » venaient se faire embaucher à la Saint-Pierre

Chaque 29 juin, au XXE siècle, le Champ-de-Mars et le boulevard de la Liberté se transformaient en vaste marché de l’emploi agricole, bien loin des pratiques du Space et autres salons de l’agriculture. Des domestiques venus des campagnes environnantes cherchaient à se faire embaucher pour les moissons. On les appelait les « Perrins » et les « Perrines ». Une tradition rennaise aujourd’hui presque oubliée sauf pour les historiens.

À l’époque, il n’y avait pas d’agence d’intérim ni de petites annonces. Les ouvriers agricoles venaient directement dans la capitale bretonne négocier leur embauche avec les fermiers. Chaque 29 juin, jour de la Saint-Pierre, la journée était chômée dans de nombreuses exploitations du pays rennais. Dès le matin, domestiques et servantes convergeaient vers Rennes, à bicyclette ou en tramway, pour participer à la « Louée », également appelée « Louerie » ou « gagerie ». Ils pouvaient s’engager pour une année entière ou seulement pour la « métive », la période des moissons de juillet, août et septembre. Dans ses recherches sur cette vieille coutume, Kristian Hamon rappelle que les hommes étaient surnommés les « Perrins », en référence à Pierre, et les femmes les « Perrines ». 

Le jeudi 30 juin 1938, L’Ouest-Éclair raconte très précisément un tel marché qui s’était déroulée la veille. « Hier, les abords du Champ de Mars et notamment le boulevard de la Liberté ont connu une grande animation. C’était la louée annuelle de la Saint-Pierre. » Dès 10 heures, poursuit le journal, les domestiques, cherchant à se « gager » pour les travaux de la moisson, circulaient parmi les éventaires des forains. Les hommes avaient « un épi de blé à la boutonnière », les jeunes filles « une fleur au corsage ». Durant cette manifestation, les prétentions salariales étaient assez élevées : de 1 200 à 1 800 francs suivant les capacités. Mais le marché ne souriait pas à tout le monde. « Les transactions ne furent pas très nombreuses et beaucoup de “perrins” et de “perrines” durent quitter Rennes le soir sans avoir trouvé d’emploi. »

Quand patron et domestique finissaient par s’entendre, inutile de sortir une liasse de papiers. Le prix était discuté de vive voix, quelques arrhes pouvaient être versées et la parole donnée avait valeur d’engagement. Kristian Hamon évoque également le « denier de Dieu », une somme destinée à sceller l’accord, et la traditionnelle bolée de cidre autour de laquelle pouvait se conclure l’affaire. Mais la journée ne se limitait pas à trouver du travail. Entre les baraques foraines et les manèges du Champ-de-Mars, on venait aussi rencontrer du monde, connaître le niveau des gages et profiter d’une rare journée de liberté. A côté des Perrins et Perrines à la recherche d’un employeur, une foule compacte se pressait autour du manège de balançoires.

La Louée résista longtemps aux bouleversements de l’histoire. Elle continua pendant les deux guerres mondiales et reprit après 1945. Mais elle ne pouvait guère survivre à la révolution mécanique des campagnes. En 1960, en raison de la construction de la salle omnisports sur le Champ-de-Mars, elle fut déplacée sur le Mail. Une édition eut encore lieu l’année suivante, peut-être la dernière. Le tracteur et la moissonneuse-batteuse avaient commencé à remplacer les cohortes d’ouvriers nécessaires aux récoltes. En quelques années, les Perrins et Perrines disparurent ainsi du paysage rennais, et avec eux une drôle de scène qui, chaque 29 juin, faisait du boulevard de la Liberté une véritable bourse du travail agricole.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

// Dernières nouvelles publiées

Pourquoi les pompiers seront en grève les 28 et 29 septembre

Ils éteignent les incendies, mais ce n’est désormais qu’une petite partie de leur quotidien. Secours aux personnes, carences ambulancières, accidents : les sapeurs-pompiers sont...
- Advertisement -
- Advertisement -

// Ces articles peuvent vous intéresser