À l’occasion de la sortie de son nouveau roman, Ce qui se joue, la Rennaise Caroline Hinault, enseignante de lettres depuis plus de vingt ans, revient sur la genèse de son livre et sur ses questionnements autour du langage. Vivifiant, son ouvrage est une plongée dans l’univers scolaire et littéraire.
A la table d’un café, Caroline raconte être « tombée dans les livres » dès son plus jeune âge. «C’est une passion qui m’accompagne et qui m’a complètement tenue dans l’existence. Il était évident pour moi de vivre ma vie en littérature», aime-t-elle répéter. Pour la création littéraire, le chemin a été un peu plus long. Avec modestie, elle le reconnaît bien volontiers. «L’écriture a mis plus de temps parce qu’il faut s’autoriser à écrire.»
Depuis 2021, la jeune femme a publié quatre ouvrages aux éditions du Rouergue : Solak, In carna : fragments de grossesse , Traverser les forêts et, depuis sa sortie, le 19 août 2026, Ce qui se joue. À travers ses différents romans, elle explore plusieurs thèmes qui lui sont chers : la justice, le féminisme, la solitude, l’altérité ou encore notre rapport aux autres. «J’aime aller creuser le langage comme une matière, comme un sculpteur», explique-t-elle.
Avant de se lancer dans l’écriture de Ce qui se joue, la romancière a laissé son idée mûrir longuement. «Le moment où on y va, c’est de la nécessité aiguë et je l’ai senti », raconte-t-elle. Le roman naît aussi d’une période où, selon elle, le langage public s’est profondément transformé avec « les fake news, la post-vérité, les rhétoriques populistes, la pulvérisation du sens, l’inversion des valeurs, l’instrumentalisation idéologique. »
Face à ce bouleversement des mots et de leur sens, l’écriture devient une forme de réponse. «Écrire ce roman a été un moyen de sortir de la sidération et de lui opposer une résistance.» Dans Ce qui se joue, cette inquiétude prend la forme d’un mystérieux virus, baptisé le « Fatum », qui se propage dans la société et provoque une perte du langage. Au cœur de cette épidémie, le lecteur découvre Madame Boukary, une professeure de lycée qui continue d’enseigner malgré la disparition progressive des mots.
En une phrase, une amie lui a un jour résumé son livre. Ce qui se joue fait le pari de la rencontre.» Une expression dans laquelle la Rennaise se reconnaît tout particulièrement. « Une salle de classe, c’est une société en construction, c’est le laboratoire de la démocratie », affirme-t-elle. «On y retrouve, à petite échelle, toutes les grandes questions de société : Le rapport à l’autre, à la justice, à l’éthique, au corps, à la psyché de chacun. »
Cette réflexion dépasse toutefois les murs de la classe. «Le langage est malade et atteint très violemment », convient-elle. Elle observe même comment certains mots peuvent être détournés de leur sens, tandis que d’autres, nouvellement apparus ou davantage utilisés, peuvent au contraire faire évoluer la société. Elle cite notamment le mot « consentement » avant de rappeler en quelques mots : « Le langage est puissant. »
Le roman laisse également une place à l’humour, nourri par ses nombreuses années d’enseignement. Dans la classe de Madame Boukary, les élèves participent à des ateliers d’écriture pour laisser leur imagination s’exprimer. Une expérience que l’autrice connaît bien. «Il y a un grand plaisir chez eux à écrire des petits textes narratifs. Ils sont surpris de voir ce qu’ils ont en eux.» Pour elle, ces exercices permettent aussi de déconstruire l’image d’une littérature réservée à quelques initiés. « Ils comprennent qu’elle n’est pas quelque chose de poussiéreux et réservé à une élite, parce que chacun a le droit au plaisir du texte. »
Mais lorsqu’on lui demande combien de temps il lui a fallu pour écrire Ce qui se joue, Caroline Hinault ne donne pas vraiment de durée. « C’est comme si j’avais mis 20 ans à l’écrire », répond-elle. Le titre du roman porte lui aussi plusieurs sens. Il y a le jeu avec le langage, les formes et les mots. Mais il y a surtout tout ce qui se joue derrière eux : les rapports humains, les enjeux politiques, la transmission et la construction de chacun. Publié aux éditions du Rouergue le 19 août 2026, le roman est disponible en librairie en grand format. « Ce qui se joue » figure également parmi les cinq finalistes du Prix du Roman Fnac 2026.


