Bien à l’abri, derrière son écran. Surpuissant, devant son clavier. Orateur, sur les réseaux sociaux… Certains se sentent tellement à l’aise en déversant leur haine dans des commentaires de trois lignes.
Après un flot ininterrompu de calomnies, de complotisme, de politique digne d’un PMU et d’expertise fleurant le lisier lors d’une récente publication sur les enfants défavorisés partant en vacances via le Secours Populaire, la déferlante raciste se poursuit.
Cette semaine, nous avons publié un article sur le harcèlement vécu par l’élue Régine Komokoli, de plus en plus violent suite au vandalisme de sa voiture. Sur nos réseaux sociaux, les commentaires ont plu. Mais, si d’ordinaire la pluie nettoie, celle-ci a tout sali. Les « Bien fait pour elle » et autres « Chacun son tour » ont côtoyé des propos racistes à peine déguisés. Si certains messages sont assumés et postés par des partis ou des membres de l’extrême droite locale, la plupart sont rédigés par des comptes flous, peu alimentés. Trolls d’Internet ? Faux-comptes utilisés par les mêmes personnes ? Quoi qu’il en soit, le procédé est abject.
À ceux qui pensent aller dans le sens du RN ou de ses satellites : vous leur tirez une balle dans le pied, eux qui souhaitent se dédiaboliser.
Comme pour l’article sur le Secours Populaire, on comptabilisait alors deux fois plus de commentaires haineux que de visites sur notre média. Le constat est donc clair : les commentateurs venus déverser leur diatribe brune ne prennent même pas la peine de lire les articles avant de poster leur message. Pire : ils n’ouvrent même pas la page. Ils se contentent de donner à manger aux réseaux sociaux, les gavant de phrases qu’ils imaginent bien pensées.
« La liberté d’expression » est souvent utilisée comme bouclier, comme rempart. Ce n’est ici qu’un paravent. Car la loi est claire : la liberté d’expression est soumise à des limitations et n’est pas absolue.
La rédaction de Rennes Infos Autrement a dû prendre une décision. Hier au matin, près de 1000 commentaires nauséabonds avaient été publiés, à propos d’un article à peine consulté 300 fois au moment des faits.
Nous avons commencé par modérer, en supprimant un à un ces posts, souvent écrits par les mêmes personnes sous différents alias à en juger par le style et l’orthographe. Mais à chaque commentaire effacé, deux autres apparaissaient. En accord avec la direction du média, le lien Facebook a été supprimé, afin de mettre un terme à cette tribune putride.
Cela n’a pas été aussi facile à faire que de cliquer sur une icône. Nous avons réfléchi. Car certains penseront que reculer, c’est s’incliner. Nous avons pris cette décision radicale pour marquer notre volonté de combattre le harcèlement. Nous sommes un média, pas un outil que l’on déforme pour faire de la propagande. Nous, journalistes, défendons la liberté d’expression, quitte à choisir pour le faire de retirer une publication. Paradoxal ? Non.
L’article est toujours en ligne sur notre site. La presse est là pour relater les faits, et non pour s’engager pour tel ou tel parti politique ni recevoir un flot d’insultes.
Le procureur de la République de Rennes rappelle que les plaintes de madame Komokoli font actuellement l’objet d’une procédure sur les instructions du parquet. C’est précisément sur ce déversement de propos injurieux, xénophobes, menaçants que la justice enquête actuellement. Non, vous n’êtes pas à l’abri derrière votre compte (ou votre faux compte) Facebook. Le code pénal, en son article 222-33-2 sur le harcèlement n’est on ne peut plus clair : un commentaire parmi tant d’autres constitue la répétition qui définit le harcèlement. Autrement dit : vous pensez y aller de votre petite phrase dans votre coin ? Vous alimentez en fait l’infraction et devenez potentiellement complice. « Tout nouveau fait, même unique, pourrait se voir reprocher l’infraction pour laquelle est encourue une peine de trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende », rappelle le procureur de la République.
Un signalement a été fait hier, sur la plateforme Pharos, par un internaute. Cette plateforme officielle de signalement de contenus et de comportements illicites en ligne est gérée par des policiers et des gendarmes qui les transmettent aux enquêteurs.
Non, ces commentateurs-là ne sont pas si bien protégés. Car Internet peut donner l’illusion de l’effacement, de l’anonymat. Mais il n’oublie rien.
La rédaction de Rennes Infos Autrement


