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samedi 25 juillet 2026
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Ces bâtiments rennais disparus :  Le beffroi de Rennes

Pendant plus de deux siècles, il fut le monument le plus haut de Rennes. Bien avant l’hôtel de ville, bien avant les clochers actuels, une immense tour coiffée d’un beffroi, d’une horloge monumentale et d’une statue de saint Michel veillait sur la capitale bretonne. Visible à plusieurs kilomètres à la ronde, elle rythmait la vie quotidienne des Rennais… jusqu’à sa destruction dans le grand incendie de 1720.

Aujourd’hui, plus rien ne rappelle son existence. Pourtant, dans Le Vieux Rennes, publié au début du XXᵉ siècle, l’historien Paul Banéat (1856-1942) lui consacre plusieurs pages passionnantes. Grâce aux archives, aux gravures anciennes et aux dessins conservés au musée archéologique, il parvient à faire revivre l’un des monuments les plus extraordinaires du vieux Rennes.

Le beffroi était installé au sommet de la tour Saint-James, l’une des principales portes de la première enceinte médiévale. C’est en 1463 qu’y est installée une nouvelle horloge publique, véritable symbole de la puissance municipale. À une époque où très peu de particuliers possèdent une montre, elle règle la vie de toute la cité : ouverture des portes, marchés, offices religieux, activités des artisans ou couvre-feu.

Mais cette horloge ne ressemble à aucune autre.

Paul Banéat reproduit la description laissée lors de son adjudication en 1523. Au sommet de la tour se dresse une statue de saint Michel, revêtue de plomb doré, l’épée levée. Sous ses pieds, un diable articulé tourne la tête avec un air menaçant. À chaque heure, le mécanisme s’anime : « l’image de saint Michel tournera la teste, haussera le bras ayant espée en main (…), et aussi à chacune des dites heures buglera et criera ledit diable ». Les Rennais assistent alors à un véritable spectacle mécanique, exceptionnel pour l’époque.

Le monument impressionne aussi par ses dimensions. Banéat estime que l’ensemble atteignait près de 220 pieds de hauteur, soit environ soixante-dix mètres. La tour seule dépassait les soixante pieds, avant d’être surmontée d’un imposant donjon octogonal coiffé d’une flèche d’ardoises. Plusieurs galeries permettaient d’accéder aux mécanismes de l’horloge et au clocher. Au sommet, une statue en plomb de saint Michel dominait toute la ville, terrassant un dragon à coups d’épée à chaque sonnerie.

Le beffroi fascinait les voyageurs. On raconte que le bruit de sa grosse cloche était si puissant que certains affirmaient qu’il pouvait faire avorter les femmes enceintes. Paul Banéat rapporte cette croyance avec le recul de l’historien, précisant que la véritable explication était bien plus simple : la cloche s’était fendue vers 1563 ou 1564, produisant un son si étrange qu’il devenait difficile de distinguer les coups des heures.

Comme souvent, une autre légende vient s’ajouter à l’histoire. Selon un récit ancien, Nostradamus aurait prédit la destruction de Rennes et la chute de cette fameuse cloche. Banéat rapporte le texte attribué à un moine jacobin : « En 1720, la grosse Françoise tombera, et Senner brûlera. » Il ne cherche pourtant pas à authentifier cette prophétie, préférant la présenter comme un témoignage des croyances qui entouraient déjà le monument.

Le destin du beffroi bascule dans la nuit du 23 décembre 1720. Le gigantesque incendie qui ravage le cœur de Rennes atteint la tour Saint-James. Sous l’effet des flammes, la grosse cloche s’effondre et vient écraser la chapelle située à sa base. Le monument qui dominait la ville depuis plus de deux siècles disparaît en quelques heures avec une grande partie du centre historique.

Aujourd’hui, il ne subsiste que quelques gravures, quelques descriptions anciennes et les recherches patientes de Paul Banéat. Sans elles, il serait presque impossible d’imaginer qu’un immense automate représentant saint Michel combattant le diable dominait autrefois le ciel rennais. Grâce à elles, le beffroi de la tour Saint-James continue de sonner, non plus les heures, mais la mémoire d’un Rennes disparu.

 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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