Quelques dizaines de mètres seulement séparent la place du Parlement de Bretagne de la Cour d’appel de Rennes. Chaque jour, magistrats, avocats, greffiers, policiers, victimes, prévenus et simples citoyens traversent cette esplanade où la justice s’exerce au quotidien. C’est précisément ce lieu que la ville de Rennes a choisi pour rendre hommage à Robert Badinter.
Un hommage poignant
Lundi soir, les élus municipaux ont approuvé la dénomination du parvis situé devant cette bâtisse remarquable au nom de l’ancien garde des Sceaux, artisan de l’abolition de la peine de mort et défenseur infatigable de l’État de droit. Pour la majorité municipale, ce choix ne doit rien au hasard. « À proximité immédiate des rues nationales Victor-Hugo et Jean-Jaurès, ce choix prend tout son sens. Attribuer son nom devant la cour d’appel de Rennes revient à ancrer, dans ce lieu où la justice s’exerce au quotidien, un symbole fort. Un symbole qui rappellera aux générations présentes comme futures les valeurs d’humanisme, de respect du droit et de défense des libertés, des valeurs partagées sans nul doute dans ce conseil », a expliqué Flavie Boukhenoufa, élue de la majorité.
Pour la municipalité, il était essentiel que Robert Badinter soit honoré devant une juridiction. Le symbole est d’autant plus fort que celui qui fut avocat avant de devenir ministre de la Justice a consacré une grande partie de son existence à défendre les libertés publiques. Son nom demeure indissociable de l’abolition de la peine de mort en 1981, mais aussi d’un engagement constant en faveur de l’État de droit, de la dignité humaine et de l’universalisme. « Homme de conviction, Robert Badinter a mené des combats qui résonnent encore avec force, contre l’antisémitisme, contre la peine de mort, contre l’homophobie et pour l’universalisme », a rappelé Flavie Boukhenoufa.
Adjoint au maire, Didier Le Bougeant a souligné le clin d’œil à l’histoire. « Le parvis donne sur la rue Victor-Hugo, qui fut l’un des premiers abolitionnistes et que Robert Badinter admirait. » L’élu a également évoqué Marc Bloch, récemment panthéonisé. « Robert Badinter fut le premier à dénoncer la collaboration de l’ordre des avocats en 1940, qui valida la déchéance des avocats juifs, notamment celle de Marc Bloch. Avocat hors pair, par son verbe et sa force de conviction, il était devenu, par son intégrité, une conscience, une boussole, une référence. Rennes s’honore aujourd’hui en inscrivant son nom dans l’histoire de notre ville. »
Au nom du groupe écologiste, Lucile Koch a rappelé combien l’histoire personnelle de Robert Badinter avait façonné son engagement. « Marqué par l’arrestation puis l’assassinat de son père au camp d’extermination de Sobibor, il consacra sa vie à la défense de la dignité humaine et à la lutte contre toutes les formes de discrimination. » Au passage, l’élue en a profité pour mettre en garde contre le retour de certains discours favorables à la peine capitale. « L’extrême droite et la droite extrême appellent à son rétablissement avec constance. Après l’affaire Lyhanna, Nicolas Dupont-Aignan a lancé une tribune pour le retour de la peine de mort. La semaine dernière, une eurodéputée proche de Bruno Retailleau proposait également son rétablissement. Mais le plus inquiétant est aussi la montée de cette idéologie réactionnaire dans une partie de la jeunesse. »
Rarement une délibération du conseil municipal aura suscité un tel consensus. Au nom de l’opposition, Carole Gandon a ainsi apporté son soutien à cette initiative. « Je le dis clairement ce soir, donner le nom de Robert Badinter au parvis du Parlement de Bretagne est une initiative juste et symboliquement forte. J’aimerais avoir une pensée pour Élisabeth Badinter, dont les travaux et les engagements en faveur de l’émancipation des femmes et de l’universalisme ont profondément nourri le débat public. Nous espérons d’ores et déjà qu’elle pourra nous honorer de sa présence lors de l’inauguration du futur parvis. » Plus qu’une simple plaque de rue, Rennes inscrit ainsi dans son paysage judiciaire le nom d’un homme qui, durant toute sa vie, aura fait de la justice, de l’humanisme et de la défense des libertés publiques un combat quotidien.


