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mardi 30 juin 2026
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Affaire Lyhanna : la justice au-devant de ses responsabilités

Une réunion publique organisée par le tribunal judiciaire de Rennes s’est tenue, ce lundi 29 juin (voir notre précédent article). Elle a réuni une cinquantaine de Rennais venus exprimer leur colère et leurs interrogations après l’affaire Lyhanna. Magistrats, représentants des forces de l’ordre et quelques élus avaient pris place dans la salle, au milieu de Rennais et des Rennaises. « Nous souhaitons ouvrir les portes de notre juridiction pour expliquer le travail judiciaire et privilégier les échanges avec les citoyens», a confié Frédéric Teillet, procureur de la République de Rennes.

Vers l’impossible perfection pour une meilleure justice

«Depuis de nombreuses années, la justice souffre d’un problème de compréhension », a martelé Alice Mazenc, présidente du tribunal judiciaire de Rennes. Mais tous l’assurent, ils sont pleinement mobilisés pour traiter avec le plus grand sérieux les dossiers de violences commises sur des mineurs. Au quotidien, ils ne compteraint plus leurs heures pour mener à bien leurs enquêtes (et parfois même au-delà de leurs missions). « Je  rendu même auprès des parents de Théo, l’adolescent tué le long de la Vilaine», a confié Frédéric Teillet.

Au fil de la soirée, plusieurs magistrats se sont succédé pour détailler le fonctionnement de l’institution judiciaire. Derrière les explications techniques, un même constat est revenu à plusieurs reprises : celui d’une justice confrontée à un manque de moyens et à des délais toujours plus longs. Première substitut du procureur chargée des mineurs, Raphaëlle Bail a décrit le traitement des signalements concernant les enfants en danger. «Chaque jour, nous en  recevons entre dix et quinze urgents », explique-t-elle. «Mais au-delà de l’enquête pénale, nous veillons toujours au respect de la protection de l’enfance. »

Régulièrement, cette prise en charge des plus jeunes repose sur une collaboration étroite entre les services de protection de l’enfance, les unités d’accueil et d’enquête spécialisées, le conseil départemental ainsi que les forces de l’ordre, les médecins et les travailleurs sociaux. « Nous sommes tous formés à recueillir la parole des enfants dans les meilleures conditions», convient un magistrat.

Longuement, un juge d’instruction est ensuite revenu sur son rôle dans les affaires criminelles les plus complexes. « La majorité des dossiers que nous instruisons concernent des violences sexuelles et un tiers d’entre eux touchent des mineurs », indique-t-il. « L’instruction de ces affaires peut durer de dix-huit mois à cinq ans. Il faut recueillir la parole des victimes, entendre les témoins, interroger les établissements scolaires ou les services médicaux. L’ancienneté des faits ou l’absence de preuves rendent souvent ces enquêtes particulièrement difficiles. »

Un sentiment partagé par Guillaume Bailhache, juge au tribunal de grande instance de Rennes. « Il faut utiliser tous les éléments mis en lumière au cours de l’instruction pour se forger une conviction », rappelle-t-il. Malheureusement, ces affaires ne sont pas les seules à être traitées par la justice. Elles sont aussi nombreuses que les autres délinquances connues par les juridictions. « Les violences sur mineurs ne représentent pas la majorité des dossiers traités par le tribunal correctionnel. Nous avons beaucoup d’autres contentieux tout aussi importants. Nous essayons de prioriser, mais certains dossiers doivent malheureusement attendre. »

Magistrat coordinateur du pôle spécialisé dans les violences intrafamiliales, François Lavallière, a plaidé, lui, en faveur d’une justice en quête d’un eperpétuelle amélioration de sa mission. « Nous ne décidons pas des moyens accordés à la justice, aux services d’enquête ou à la protection de l’enfance. En revanche, nous pouvons améliorer notre fonctionnement : éviter que victimes et mis en cause se croisent lors des audiences, simplifier certaines procédures ou consulter davantage les victimes. Dans quelques semaines, nous accueillerons ainsi des représentants d’associations de victimes, car certaines réalités nous échappent encore. »

Au cours de la soirée, cette volonté de dialoguer avec la société civile s’est prolongée lors d’un long échange avec le public. Parents, professionnels de l’enfance, journalistes et simples citoyens ont multiplié les questions, parfois avec émotion, sur les délais de la justice, la prise en charge des victimes ou encore les moyens dont disposent les magistrats. Si toutes les réponses n’ont pas forcément convaincu l’assistance, cette réunion aura au moins permis aux représentants du tribunal d’exposer les contraintes auxquelles ils sont confrontés et de tenter de renouer un dialogue mis à mal par l’affaire Lyhanna. 

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