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« ON L’A PRIS POUR UN INTRUS » : AUX ASSISES, LE DRAME D’UNE FRATRIE BRISÉE

Ce 3 janvier 2023, dans la maison familiale de Cancale, trois frères préparent les obsèques de leur père. La soirée s’alcoolise, puis bascule dans l’horreur. Laurent et Éric Tellier frappent leur frère Thierry à mort, persuadés qu’il s’agit d’un intrus. Jusqu’à ce mercredi, tous deux sont jugés devant la cour criminelle d’Ille-et-Vilaine pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

En ce premier jour des débats, la cour criminelle d’Ille-et-Vilaine s’est longuement penchée sur la personnalité de Laurent Tellier. À la barre, une experte psychiatre a tenté d’éclaircir son comportement, son profil. Elle a dressé le portrait d’un homme souffrant d’une addiction à l’alcool, forgée auprès d’un père lui-même porté sur la boisson. « S’il rentrait tard, c’est qu’il avait bu. Enfant, je vivais sous la peur », se souvient Laurent devant le prétoire.

Une personnalité difficile à cerner

Violent, Laurent l’aurait été autrefois envers sa femme et son fils, contribuant sans doute à son divorce en 2001. Après une période de dépression et deux tentatives de suicide, l’alcool revient toujours chez lui, comme « un médicament ». « Depuis le divorce, je consomme un à deux litres de vin par jour », explique-t-il. Suivi par un service d’addictologie, il a tenté l’expérience d’un sevrage durant seulement six mois. « Je n’ai plus consulté car je consommais en cachette. »

Mais  que s’est-il passé ce 3 janvier 2023, lors de cette terrible nuit ? Hier, à l’audience, cette question a longuement préoccupé la présidente Juliette Sauvez ainsi que les avocats des parties civiles. Pour l’expertise psychiatrique, une ivresse peut altérer la vigilance et modifier la perception d’une personne, sans supprimer pour autant sa responsabilité pénale. Cet avis est plus ou moins partagé par l’avocat de la défense. « Mon client dit avoir un trou noir. »

Laurent Tellier, lui, ne dit pas mieux. « Je me refais la soirée dans ma tête. Cela m’énerve, je veux comprendre. » Pendant l’audience, l’accusé apparaît fatigué, presque soulagé de pouvoir enfin s’expliquer. En détention provisoire depuis janvier 2023 à la maison d’arrêt de Saint-Malo, il confie se sentir honteux et coupable vis-à-vis de sa famille. Il explique aussi consulter un psychologue pour tenter d’éclaircir les évènements de cette soirée.

À la barre, les experts n’ont relevé ni troubles cognitifs majeurs, ni pathologie psychiatrique lourde chez le prévenu. Laurent Tellier apparaît comme un homme cultivé, inséré socialement et longtemps apprécié dans son travail. Après son brevet, il obtient un CAP vente et exerce successivement comme gardien, chauffeur de direction puis vendeur. Avant les faits, il était responsable d’un magasin Sport 2000 à Paris. Son employeur le décrit d’ailleurs comme un salarié « parfait, sans rien à lui reprocher ».

Aux magistrats, Laurent Tellier confie considérer le travail comme une valeur essentielle. Il entretenait également des liens suivis avec ses parents, son ex-femme, ses enfants et ses frères. Pourtant, au fil de l’audience, un autre tableau se dévoile : celui d’une fratrie fragilisée. « Je n’avais pas vu Thierry depuis des années », répond Laurent Tellier à la présidente de la Cour à propos de la victime. « Il a dû se fâcher avec nos parents. »

Quant à sa relation avec Cyril, le cadet, il évoque des tensions liées à la situation de leur mère. « Notre mère devait déménager pour entrer en EHPAD. Cyril n’aurait pas voulu l’accueillir temporairement. » Une version nuancée par l’avocat des parties civiles, qui reprend la déclaration de la mère : « Je ne voulais pas aller chez Cyril, c’est trop petit », aurait-elle expliqué.

Enfin, ses liens avec le coaccusé, Éric, son frère aîné, se sont eux aussi détériorés. Laurent met désormais en cause ce dernier, l’accusant d’avoir porté des « coups de pieds ». Eric, lui affirme n’avoir asséné que des « coups de poing ». Les débats se poursuivent aujourd’hui devant la cour criminelle d’Ille-et-Vilaine. Reste à déterminer le degré d’implication de chacun des deux frères  et si Laurent Tellier a réellement agi dans un état de confusion lié à l’alcool, comme le soutient la défense.

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