Coup de théâtre à Plouasne déjà connue pour les frasques de son maire. Par une décision rendue le 19 mai 2026, le tribunal administratif de Rennes a annulé les élections municipales des 15 et 22 mars derniers, entraînant de facto l’organisation d’un nouveau scrutin dans cette commune des Côtes-d’Armor. La décision emporte également l’annulation de l’élection de Michel Daugan comme maire et représentant de la commune à Dinan Agglomération.
Un bulletin annulé alors qu’il ne devait pas l’être…
Cette situation est d’autant plus exceptionnelle que le second tour s’était conclu sur une égalité parfaite entre les deux listes candidates. En vertu du code électoral, c’est la liste conduite par Michel Daugan qui avait été déclarée gagnante, ses candidats présentant une moyenne d’âge plus élevée. Dans sa décision, le tribunal a relevé deux irrégularités majeures. D’abord, un bulletin en faveur de la liste adverse, menée par Mme Bordeau, avait été déclaré nul lors du dépouillement à cause de taches observées sur le papier. Après examen, les magistrats ont estimé qu’il s’agissait de marques fortuites au verso du bulletin et non d’un signe de reconnaissance volontaire. Ce vote aurait donc dû être comptabilisé.
Mais ce seul élément n’a pas suffi à désigner un vainqueur. Le tribunal a également retenu le cas d’une électrice ayant voté par procuration dans des conditions jugées irrégulières, l’identité du mandant n’ayant pas été vérifiée conformément au code électoral. Problème : impossible de savoir pour quelle liste le vote avait été exprimé, le secret du scrutin empêchant toute certitude.
Les juges ont alors appliqué la méthode dite des « déductions hypothétiques », consistant à recalculer les résultats selon chaque scénario possible. Résultat : selon l’hypothèse retenue, une liste différente remportait l’élection. « Chaque hypothèse conduisait à proclamer vainqueur une liste différente », relève le jugement. Ce qui rendait inévitable l’annulation du second tour.Par effet mécanique, le premier tour a lui aussi été annulé, le scrutin municipal étant considéré comme indivisible. Les élections communautaires ont également été invalidées.
Cette annulation intervient dans un contexte particulièrement lourd pour la commune de 1 800 habitants. Michel Daugan, âgé de 80 ans et maire réélu en mars, est déjà au cœur d’une affaire judiciaire retentissante après le décès de Catherine Josselin, 66 ans, le 7 avril dernier. L’élu est poursuivi notamment pour détention arbitraire suivie de mort et violences en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner.
Au cours de ce drame, la sexagénaire avait été immobilisée lors d’une tentative d’hospitalisation d’office improvisée, avant de décéder après avoir été maintenue au sol pendant de longues minutes. Devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes, Michel Daugan avait reconnu devant les juges avoir agi « en dehors de toutes les règles applicables », tout en assurant n’avoir « jamais souhaité la mort » de la victime. L’ancien maire, qui a depuis présenté sa démission, avait finalement obtenu sa remise en liberté sous contrôle judiciaire. Désormais, Plouasne doit se préparer à retourner aux urnes dans un climat politique et humain particulièrement sensible.


