Le transfert d’un cas contact de l’hantavirus au CHU de Rennes, ce mardi 12 mai 2026, a provoqué une forte agitation autour de l’hôpital rennais, selon notre confrère du journal Ouest-France. Dans la matinée, un important dispositif de sécurité et une présence inhabituelle de médias nationaux ont attiré l’attention des riverains et des patients venus consulter. L’établissement breton apparaît désormais comme l’un des centres majeurs mobilisés dans le suivi des personnes exposées au virus Andes, cette forme rare d’hantavirus qui inquiète les autorités sanitaires internationales.
Selon plusieurs informations confirmées dans la journée, le patient transféré à Rennes venait de Concarneau, dans le Finistère. Il a été identifié grâce au travail de traçage réalisé après le décès d’une passagère néerlandaise contaminée lors d’une expédition à bord du navire MV Hondius. Cette femme est morte à Johannesburg après avoir développé une forme grave de la maladie. Les autorités sanitaires françaises considèrent l’homme admis à Rennes comme un cas contact nécessitant une surveillance étroite, même s’il ne présente pas, à ce stade, de symptômes déclarés.
L’arrivée du patient s’est déroulée dans des conditions de protection renforcées. Des équipes médicales équipées de protections intégrales ont assuré son admission dans le service des maladies infectieuses du CHU. Plusieurs accès avaient été sécurisés en amont afin de limiter les déplacements autour de la zone concernée. Cette scène a marqué de nombreux témoins présents sur le site hospitalier et ravivé chez certains le souvenir des dispositifs sanitaires observés durant la pandémie de Covid-19.
Pour accueillir ces patients, le CHU de Rennes dispose de chambres spécialisées à pression négative, permettant une prise en charge des pathologies infectieuses à haut risque. Ces unités empêchent la circulation de l’air vers l’extérieur et imposent des protocoles stricts pour les soignants qui y interviennent. Dans ce lieu sécurité, le patient restera isolé pendant plusieurs semaines, le temps d’écarter tout risque de développement de la maladie. La période d’incubation du virus Andes peut en effet atteindre quarante-deux jours dans certains cas.
Lors de sa conférence de presse organisée à Paris, ce 12 mai, Stéphanie Rist a reconnu le caractère exceptionnel de la situation. «Vingt-deux cas contacts ont été identifiés en France », a confirmé la ministre. Huit se trouvaient à bord du vol du 25 avril entre Sainte-Hélène et Johannesburg, où voyageait également une victime néerlandaise contaminée par l’hantavirus. Quatorze autres étaient passagers du vol Johannesburg-Amsterdam du même jour. «Ils ont tous été contactés, testés et hospitalisés ou sont en cours d’hospitalisation et font l’objet d’un suivi sanitaire rigoureux.» Parmi eux figurent plusieurs enfants. «Il n’y a pas d’éléments en faveur d’une circulation diffuse du virus sur le territoire national», a-t-elle ajouté.
Les cas contacts seront hospitalisés au minimum quinze jours. Cette durée pourrait être prolongée selon l’évolution des connaissances et des résultats médicaux, car l’incubation du virus Andes peut durer en moyenne deux à trois semaines et, plus rarement, jusqu’à six semaines. Pour en savoir plus, des tests PCR doivent être réalisés sur l’ensemble des 22 cas contacts, avec des résultats attendus dans un délai d’environ vingt-quatre heures après prélèvement. D’après Stéphanie Rist, aucun des 22 cas contacts ne présentait de symptômes lors des premiers échanges avec les agences régionales de santé. Elle a toutefois insisté sur la nécessité d’une surveillance rapprochée, car l’expression de la maladie peut être rapide après une phase initiale discrète.
Il existe 18 établissements de santé de référence en France, dont plusieurs en Outre-mer,
La ministre de la Santé a aussi détaillé la prise en charge des cinq Français présents à bord du navire. Tous ont été rapatriés puis admis dans des établissements hospitaliers spécialisés. « Dès l’identification du virus, le gouvernement a agi immédiatement », a déclaré Stéphanie Rist. Quatre des patients sont négatifs et dans un état jugé rassurant. En revanche, une femme testée positive se trouve toujours en réanimation à l’hôpital Bichat, à Paris, dans un état grave. Selon les autorités sanitaires, elle souffre de la forme cardiopulmonaire la plus sévère de la maladie et nécessite une oxygénation par ECMO, un système de « poumon artificiel. »
Durant cette conférence, les spécialistes présents aux côtés de la ministre ont tenté d’apporter des éléments de compréhension sur cette maladie encore peu connue du grand public. Habituellement, entre 100 et 150 cas d’hantavirus sont recensés chaque année en France, mais il s’agit le plus souvent de souches beaucoup moins dangereuses et non transmissibles entre humains, comme le virus Puumala. Chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Bichat, le professeur Yazdan Yazdanpanah a tenu à relativiser par rapport au Covid-19. «C’est un virus que l’on connaît depuis une trentaine d’années », a-t-il expliqué. « Même s’il reste des inconnus, nous ne sommes pas dans la situation de janvier 2020. »
L’infectiologue Xavier Lescure a, lui, détaillé l’évolution clinique de la maladie. Selon lui, les premiers signes peuvent sembler «assez anodins» avec une fatigue importante, des douleurs musculaires, des maux de tête ou une sensation d’abattement. «Puis, au bout de deux ou trois jours, les patients développent une forte fièvre avec une atteinte pulmonaire parfois très rapide», a-t-il expliqué. «Autant le délai d’incubation peut être long, autant l’expression de la maladie peut évoluer brutalement. » Pour lutter contre maladie, le Favipiravir est envisagé comme traitement potentiel, sous forme orale pour des patients pris très tôt et sous forme intraveineuse pour les formes graves, mais son utilisation doit encore être encadrée. Un candidat anticorps monoclonal de l’Institut Pasteur est aussi en cours d’évaluation. Des discussions sont menées avec l’Inserm, France Vaccin et les Instituts Pasteur autour de pistes vaccinales, notamment à ARN messager, mais aucun vaccin abouti n’est disponible contre l’hantavirus Andes.
Les cas positifs recensés concernent exclusivement des croisiéristes du MV Hondius. »
Les autorités sanitaires françaises multiplient désormais les mesures de précaution. Plusieurs hôpitaux français ont reçu des recommandations spécifiques concernant le port du masque FFP2, les procédures d’isolement et la prise en charge d’éventuels nouveaux patients. À Rennes, la situation est suivie heure par heure. Plusieurs personnels hospitaliers reconnaissent en privé une certaine inquiétude face à une crise encore très évolutive. Ce mardi, une réunion du comité social et économique du CHU se tenait d’ailleurs en parallèle de l’arrivée du patient transféré depuis Concarneau. «Beaucoup de personnels se posent des questions », confiait un représentant syndical dans les colonnes du quotidien breton. « Nous avons encore peu d’informations précises sur la suite. » Selon plusieurs informations , deux autres cas contacts pourraient prochainement être admis au CHU de Rennes. Une hypothèse qui renforcerait encore le rôle stratégique joué par l’établissement breton dans le dispositif national de surveillance sanitaire.


