Le conseil municipal de Rennes a adopté, ce lundi 27 avril, une nouvelle enveloppe de 20 300 euros pour le dispositif « Reines de la nuit », destinée à soutenir des soirées festives portées par des jeunes. Ces événements, gratuits et sans alcool, s’inscrivent dans une politique communale en faveur à la jeunesse. « Ce sont des moments de fête, mais aussi de prévention et de convivialité essentiels à la vitalité nocturne de Rennes », a défendu l’adjointe Nadira Dera Illa Salifou. « Une première tranche de 13 500 euros avait déjà été attribuée en janvier dernier. »
Chez les insoumis, la mesure n’a pas fait débat ! « Ce dispositif permet à des jeunes rennais de devenir acteurs de leur ville, de monter des projets culturels, de s’approprier des lieux, de créer du lien social », convient le conseiller, Lucien Guénin-Queyrard. Ces formats sont jugés « souvent plus inclusifs et plus diversifiés », notamment à travers des programmes liés à la K-pop, aux musiques électroniques ou à des initiatives artistiques et militantes. Mais très vite, son intervention s’est élargie à une critique plus globale de la politique nocturne. « Derrière ces événements ponctuels, on voit se multiplier quelques signaux d’alerte », a-t-il prévenu. « Des bars sont remplacés par d’autres commerces. Le centre-ville se gentrifie d’abord par le monde des noctambules qui disparaît progressivement, au nom du bruit, de la sécurité ou de la propreté. »
À titre d’exemple, l’élu d’opposition cite notamment la fermeture du bar Saint-Michel, après 21 ans d’activité, ou encore « des fermetures administratives temporaires ». « Rennes reste une ville festive. Mais son écosystème nocturne se fragilise », a-t-il insisté. Pour les élus insoumis, la nuit est pourtant un enjeu structurant. « Ce sont des emplois, des artistes, des techniciens, des associations, des commerces, de l’attractivité étudiante, touristique et culturelle. Les soirées Reines de la nuit vont dans le bon sens, mais elles ne suffiront pas si dans le même temps les lieux permanents ferment les uns après les autres. » Un constat amer qui incite les Insoumis à s’interroger la vie nocturne. « Quelle stratégie globale pour la nuit rennaise ? Comment accompagne-t-on les établissements fragilisés ? Comment concilie-t-on tranquillité publique et vitalité festive ? La nuit est politique et Rennes mérite une politique ambitieuse. »
La vie nocturne concerne aussi bien des jeunes que ceux qui étaient jeunes il y a quelques décennies. » Cyrille Morel
Adjoint au maire, Cyrille Morel a répondu longuement…Il a cherché à replacer le débat dans un cadre plus factuel, plus libéral. « La plupart des commerces sont des privés et le propriétaire d’un fonds peut vendre à celui qui le souhaite sans que nous ayons un droit sur ces transactions », a-t-il tenu à rappeler. Concernant les fermetures administratives, l’élu distingue clairement les responsabilités : « Celles qui se font pour des raisons d’ordre public sont prononcées par le préfet exclusivement et sur lesquelles nous n’avons pas de regard. » Quant aux fermetures décidées par la ville, elles relèvent uniquement de la sécurité. « À chaque fois, c’est parce qu’il y a des conditions très compliquées et que les gens sont en danger. » Au passage, Cyrille Morel détaille les manquements observés : l’absence de système d’alarme, les issues de secours non opérationnelles, installations électriques défectueuses, l’absence de formation du personnel ». « Je crois que personne ici ne souhaiterait qu’on laisse ouverts des établissements qui cumulent ces quatre dysfonctionnements. »
Cyrille Morel relativise toutefois l’ampleur du phénomène. Sur « 611 établissements recensés », seuls « deux ont fait l’objet d’une fermeture » dans le cadre de la campagne actuelle de contrôles. « La grande majorité des bars fonctionne normalement », affirme-t-il. Mais au-delà de ces fermetures, l’adjoint met en avant les évolutions des pratiques festives. « Les modes de vie ont beaucoup progressé », explique-t-il. Lequel évoque notamment « l’occupation de l’espace public par les jeunes » ou encore le succès des guinguettes, inexistantes en 2016 et aujourd’hui « au nombre d’une dizaine qui font le plein partout dans le centre-ville ». Comme ses collèges élus, il réfute l’idée d’un coeur de métropole déserté. « Je vous mets au défi de trouver une place en terrasse un vendredi à 18 h dès qu’il commence à faire beau. La vie nocturne ne disparaît pas, elle se transforme et se diversifie, y compris géographiquement. » Malgré tout, Cyrille Morel annonce « la refonte de la charte de la vie nocturne », datant de 2016. L’objectif sera de mieux prendre en compte les nouveaux usages. Il sera à même de gérer les tensions inhérentes à la nuit : « ceux qui veulent faire la fête, ceux qui souhaitent dormir et ceux qui doivent travailler. »


