Ce samedi matin, l’installation de Sébastien Collet à la tête de la mairie de Saint-Jacques-de-la-Lande (rien à voir avec l’auteur de ces lignes) n’est pas passée inaperçue, loin de là. La foule nombreuse était telle que la salle municipale s’est révélée bien vite trop exiguë, obligeant à déplacer le conseil au centre socioculturel. Malgré une centaine de places assises, une partie du public est toutefois restée debout, au lendemain d’un scrutin qui a profondément rebattu les cartes locales.

Avec 46,94 % des voix (2 062 suffrages), le jeune maire de 24 ans, classé divers centre par la préfecture, a devancé l’union de la gauche (43,11 %) et La France insoumise (9,95 %). Cette victoire nette, et surtout symbolique, met fin à 55 ans de domination socialiste dans cette commune de 14 000 habitants, longtemps considérée comme un bastion et un laboratoire d’idées. Des figures locales, Daniel Delaveau et Emmanuel Couet, en furent d’ailleurs maires.
Dans son discours, Sébastien Collet a tenté d’apaiser les tensions, tout en répondant aux attaques. « La campagne n’est pas terminée, comme vous le voyez encore aujourd’hui », a-t-il lancé, avant de promettre « d’être le maire de tous les Jacquolandin(e)s, de toutes les générations, de tous les quartiers ». Au passage, il a affiché sa volonté de « rendre le quotidien plus simple » et de « respecter toutes les minorités » au conseil municipal. « Un héritage ne se détruit pas, il s’étoffe », a-t-il ajouté.
Face à lui, l’ancienne maire Marie Ducamin (qui perd aussi son poste de vice-présidente de Rennes Métropole) n’a pas mâché ses mots. Sous les applaudissements de ses partisans, elle a dénoncé un programme « pas réaliste », des promesses « pas réalisables » et s’est dite « stupéfaite par cette imposture ». Mais au-delà des échanges lors de cette séance, c’est surtout l’après-élection qui retient l’attention.
Les critiques visant Sébastien Collet se sont multipliées après sa victoire, notamment autour de son parcours politique. Sa présence en 2020 sur une liste soutenue par La France insoumise à Rennes, restée discrète pendant la campagne, a été largement mise en avant une fois le résultat connu. Le principal intéressé évoque, lui, une expérience de jeunesse à 18 ans, qu’il dit ne pas assumer politiquement aujourd’hui. Une « erreur de jeunesse », en somme.
Le timing de ces attaques interroge toutefois. Pourquoi ces éléments n’ont-ils pas été au cœur du débat avant le scrutin ? Pour certains, la réponse est simple : parce que la victoire de la gauche semblait acquise. Marie Ducamin elle-même avait d’ailleurs refusé toute alliance avec les Insoumis, signe d’un rapport de force qu’elle pensait maîtriser à l’image de sa camarade, Nathalie Appéré. Dans ce contexte, voir ces critiques surgir après coup donne le sentiment d’une réaction à chaud, voire d’une forme de revanche politique après une défaite inattendue.
Faut-il pour autant parler de cabale ? Le terme peut sembler excessif pour certains. Mais il traduit un malaise réel autour de la manière dont cette polémique a pris de l’ampleur dans la presse. D’autres y verront simplement le jeu politique classique et la nécessité d’éclairer le parcours d’un élu. L’argument de la jeunesse, lui, reste central. À 18 ans, les engagements ne sont pas toujours pleinement mesurés. L’histoire politique regorge d’exemples de trajectoires sinueuses. François Mitterrand lui-même, décoré de la francisque sous Vichy, a ensuite connu la carrière que l’on sait. Sans comparer les situations, cela rappelle qu’un parcours ne se résume pas à ses débuts.
Sébastien Collet entame donc son mandat dans un climat tendu, très tendu, mais avec une ambition affichée : dépasser les clivages. Sa volonté de passer « d’une intercommunale politique à une intercommunale de projet » en est l’illustration. Reste à savoir si cette promesse pourra se concrétiser dans une ville encore marquée par cette alternance historique. Une chose est sûre : le nouveau maire est désormais attendu sur ses actes. C’est là où l’on verra sa force, sa résilience face aux intimidations.



