La tension au Centre pénitentiaire de Rennes-Vezin atteint un point critique. En une semaine, deux agents ont été violemment agressés par des détenus souffrant de troubles psychiatriques. Le dernier incident remonte au jeudi 24 juillet. Vers minuit, un prisonnier au profil instable, déjà connu pour ses passages à l’acte, saccage sa cellule, brise la fenêtre et le réfrigérateur. Transféré en urgence au « Quartier Arrivant », il défèque volontairement au centre de sa cellule quelques heures plus tard. À 8 h 30, il tente de casser une nouvelle fenêtre, puis blesse un surveillant au visage en réclamant une promenade immédiate. L’agent parvient à le maîtriser avec l’aide d’un collègue. L’homme est menotté et déplacé au quartier disciplinaire.
Quelques jours plus tôt, un autre fonctionnaire avait été victime d’une agression tout aussi brutale. Un détenu, prétextant une urgence, bloque la porte de sa cellule, crache sur le surveillant, et lors de son extraction, tente d’étrangler un gradé avant de lui asséner plusieurs coups. Il menace ensuite un autre chef de service : « Je vais te faire assassiner ! » Le détenu, là encore, présente un profil psychiatrique connu. Pour FO Justice, cette accumulation d’incidents est le symptôme d’une dérive. « Le CPRV devient progressivement un hôpital psychiatrique de substitution », affirme le syndicat. « Pire encore : le SMPR (service médico-psychologique régional) refuse purement et simplement de prendre en charge ces profils dangereux, laissant les agents seuls face à des individus instables, parfois violents, souvent imprévisibles. »
Contre cette situation alarmante, le syndicat interroge les autorités. « Faut-il que les surveillants se muent psychologues, psychiatres, infirmiers et agents pénitentiaires à la fois ? » demande FO, amer. « Le manque criant de moyens, la surpopulation carcérale, le sous-effectif chronique (…) placent notre structure au bord de la rupture. » Selon le syndicat, ce serait tout l’édifice qui flanche. « Depuis le début de l’été, le CPRV tient à peine debout, porté à bout de bras par des personnels épuisés. » Pire encore, une quarantaine d’agents manqueraient à l’appel. « Les départs en retraite, les réussites aux concours non remplacées, les postes vacants : rien n’est anticipé. »
À Vezin, les gardiens renoncent à leurs pauses, sont rappelés sur leurs jours de repos, et certains se retrouvent seuls à gérer un étage complet. « Il n’est plus rare de voir un simple surveillant par étage, seul, à courir entre deux ailes. » «À cette désorganisation s’ajoute un matériel obsolète d’après FO, qui accuse la direction interrégionale de bloquer les décisions essentielles. Dans un contexte aussi tendu, le syndicat ne mâche pas ses mots. « La situation est hors de contrôle. » Il exige des « actes clairs, concrets et immédiats ». Il ne veut pas de mesure cosmétique, pas d’expérimentation hasardeuse, mais des moyens à la hauteur. « Avant de tester quoi que ce soit, ne faudrait-il pas d’abord s’attaquer aux vrais problèmes du CPRV ? » interroge FO.


