À Cleunay, dans l’ouest de Rennes, un chantier discret concentre depuis plusieurs semaines l’inquiétude grandissante des habitants. Sur le site de l’ancienne usine à gaz, au 95 boulevard Voltaire, les pelleteuses sont à l’œuvre pour préparer une reconversion ambitieuse en logements et bureaux. En apparence, cette opération de requalification urbaine est classique. Mais derrière ce projet immobilier porté par Icade, Brownfields et Steen Rehab, c’est un passé industriel lourd qui ressurgit et préoccupe vivement un collectif de riverains.
Le terrain, autrefois utilisé par GRDF, a longtemps accueilli des activités liées à la production et au stockage de gaz. Gazomètres, cuves, résidus chimiques… les traces de cette époque seraient toujours enfouies dans le sol. Cet héritage industriel serait loin d’être anodin, d’autant que la parcelle n’a jamais été reclassée officiellement dans les documents d’urbanisme. Pourtant, selon les riverains, les travaux ont démarré sans étude environnementale accessible ni communication transparente sur les risques sanitaires potentiels.
Réunis au sein du collectif du Boulevard Voltaire, plusieurs habitants ont décidé de sonner l’alerte. Ils dénoncent des opérations de désamiantage réalisées en plein air, la présence d’ouvriers en combinaison intégrale à proximité immédiate des habitations, et des odeurs suspectes signalées autour de puits privés. Leur inquiétude a encore grandi en apprenant qu’un projet similaire mené à La Rochelle, par les mêmes intervenants, a été temporairement suspendu après des cas avérés de malaises et symptômes respiratoires chez des enfants scolarisés.
Une exposition involontaire
À Rennes, les acteurs du chantier font valoir une pollution localisée et maîtrisée grâce à des « terrassements limités » et des procédures encadrées. Une réunion publique aurait permis d’échanger avec les habitants, mais les réponses données, autant par les porteurs du programme que la ville, restent jugées vagues ou insuffisantes par les voisins et les voisines. « Aucun permis de construire ne sera accordé sans preuve de la compatibilité du sol avec un usage résidentiel », promet la municipalité.
Mais pour les résidents, ces engagements arrivent trop tard. Les riverains redoutent une exposition involontaire à des substances toxiques comme le benzène, les hydrocarbures aromatiques ou les métaux lourds, bien connus pour leur persistance et leur dangerosité. « La proximité immédiate des écoles du quartier, notamment Champion de Cicé et Saint-Clément, renforce cette inquiétude », précise le collectif. « Il ne s’agit plus seulement de préserver un cadre de vie, mais de protéger la santé des enfants et des générations futures.
L’association demande une suspension du chantier tant qu’aucune garantie claire n’est apportée. Il réclame une véritable expertise indépendante, une transparence totale sur l’état du site, et une reconnaissance officielle de la pollution pour déclencher les surveillances nécessaires. Il pointe aussi l’obligation de penser autrement la reconversion de ces anciens sites industriels, en prenant exemple sur d’autres villes qui ont préféré transformer ces terrains en parcs ou espaces publics.


